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Paul Gauguin

     
   

Dans des tristes musées...

    Cher Monsieur Gauguin,

Je suis désolé de vous déranger dans votre séjour paisible aux Marquises, mais je tenais à vous écrire pour vous avertir: Vos peintures qui décrivent si bien la liberté croupissent dans des tristes musées.
Mais restez bien tranquille aux Marquises, je vous comprends.
Prenez bien soin de vous,

Cyril



Cher Cyril,

De chez moi, sur cette butte au-dessus d'Atuona, je vois la baie qui s'ouvre sur le monde sans pour autant vouloir l'accueillir.

Vos compliments me touchent. Mais sachez qu'il n'est pas suffisant de la décrire ou de la peindre. Encore faut-il en payer le prix pour la vivre. Encore faut-il qu'on vous laisse être libre de liberté. Il faut parfois arracher sa liberté, douloureusement, à ceux qui prétendent en être dépositaire, l'administrer. Et qui ne sont pourtant pas libre de détenir le bien commun caché sous leurs tampons!

Mes toiles dans de tristes musées, écrivez-vous? Je me dis que si les musées sont tristes, ceux qui les fréquentent ne le sont pas toujours. Et s'ils le sont, dans leur grisaille monochrome, ces toiles peuvent leur ouvrir le large des couleurs éclatées.

En toute liberté chèrement acquise.

Paul Gauguin