Un autre coup de Massu
       

       
         
         

Loic LeMesnil

      Un autre coup de Massu, mon Général.

À 92 ans, le bon Jacques admet avoir torturé en Algérie et dit »se repentir». Alors que conclure sur Jacques Massu: sombre barbouze, blême lampiste, bon larron de la onzième heure? La classe politique et l'élite intellectuelle se déchirent entre ceux qui crient au nouveau Papon, et ceux qui disent à-la-guerre-comme-à-la-guerre. Des commentaires sur la question, mon Général? Éclairez-nous et éclairez la France!

Loic LeMesnil

 

       

 

       

Charles de Gaulle

      «Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France... Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J'ai, d'instinct, l'impression que la Providence l'a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S'il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j'en éprouve la sensation d'une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie.»

Je pourrais vous laisser avec ces quelques phrases, les premières de mes mémoires de guerre, qui répondent, par anticipation, à votre question. La médiocrité ou l'ignominie: c'est pareil, elles sont le fait des Français, pas celui de la France. Les mêmes Français, qui, pour partie, choisirent la voie de la collaboration avec l'Allemagne nazie, ceux qui votèrent des lois antisémites dépassant les exigences même du Reich, qui torturèrent, déjà, des centaines de vrais patriotes qui avaient pris la résolution de secouer le joug. Eh oui! Comme chaque nation, la France porte en elle les ferments de la haine, qui trouvent toujours à s'exprimer, de la pire manière qui soit.

Et quelle meilleure occasion que la guerre, avec ses drames lamentables, ses pertes innombrables, ses horreurs quotidiennes, cette odeur aigre, insoutenable, de mort, qui s'exhale, là, du corps supplicié de celui qui fut votre compagnon, pour attiser la haine? Avez-vous combattu, vous qui me questionnez, en fait, sur la guerre et ses pires dérives? Avez-vous vu les poitrines déchirées de vos hommes qui, en tombant, vous offrent un dernier regard, tout empli d'incompréhension? Avez-vous entendu, incessants et effroyables, les cris du blessé à qui, dans le «no man's land», on ne peut porter secours? On voudrait que l'ennemi l'achève, pour qu'il se taise!

Oh! Il se taira! Au petit matin, il cessera de hurler, quand il cessera de vivre. Son agonie atroce, dans l'abandon absolu, aura duré toute la nuit. Vous parlez de torture... Oui, Monsieur, la guerre est toujours une torture que l'humanité s'inflige, il n'y a pas de doute là-dessus. Et le métier de Massu, c'était justement la guerre.

Sincèrement à vous,

Charles de Gaulle