Robert Brasillach
       

       
         
         

Anonyme

      Mon Général,

Je n'ai jamais compris pourquoi avoir refusé le recours en grâce de cet écrivain, essayiste, brillant et cultivé qu'était Robert Brasillach qui, bien qu'ayant pris ouvertement partie pour les allemands, n'avait ni commandité, ni commis le moindre crime, n'était ni homme politique, ni militaire, ne bénéficiait d'aucun pouvoir et s'il a cru au nazisme, beaucoup d'allemands ont cru en Hitler en 1933, et n'ont pas été exécuté pour autant.

Comment un homme tel que vous, mon général, si brillant et lettré a pu décider de passer à la trappe, ce qui aurait pu devenir un véritable patrimoine littéraire aujourd'hui?

A mon sens l'éxécution de Brasillach à l'âge de 35 ans était inutile, et a privé les français d'un immense écrivain, alors que beaucoup d'autres, plus coupables que lui ont echappé à la mort, ont été graciés quelques années après, et vivent des jours heureux à l'heure actuelle.

Pourquoi avoir refusé sa grâce?

 

       
         

Charles de Gaulle

      Monsieur,

Robert Brasillach fut effectivement le seul traître écrivain, parmi ceux qui n'avaient pas activement servi l'ennemi, pour lequel j'ai dérogé au principe que je m'étais fixé : je n'ai pas commué sa peine. S'il a été fusillé, en ce matin glacial, triste et brumeux du 6 février 1945, malgré les appels de ses confrères les plus méritants, c'est que lui, j'estimais le devoir à la France. Cela ne s'explique pas. Dans les lettres aussi, le talent est un titre de responsabilité et il fallait que je rejette ce recours-là, peut-être, après tout, parce qu'il m'était apparu que Brasillach s'était irrémédiablement égaré. Je précise tout de même que ma décision n'eut rien à voir avec les orientations sexuelles de cet auteur, dont je reconnais par ailleurs, comme vous, la phénoménale culture. Si je me rappelle si bien de ce matin-là, c'est qu'à chaque dernière nuit d'un homme que je pouvais gracier, je ne fermais pas l'úil. A ma manière, il fallait que je l'accompagne.

Bien sincèrement à vous,
Charles de Gaulle