Le destin de la France et du Canada est la victoire
       

       
         
         

Nathalie

      Très cher M. De Gaulle,

Vous remarquerez sûrement que je ne vous donnerai pas du Général par ci, Général par là, car ce titre, vous ne l'avez pas porté de votre naissance à votre mort, à ce que je sache! Pour moi, vous avez été plus un Grand Homme d'État qu'un Général d'armée! Beaucoup n'ont jamais vraiment compris cela et c'est pourquoi le malheureux référendum auquel vous avez soumis votre peuple (et qui était pleinement justifié et justifiable) a échoué lamentablement! Je m'excuse auprès de vous, mon bon Monsieur, de vous rappeler ce qui a probablement été LA grande blessure de votre carrière sinon de votre vie... Cet échec cuisant s'il en est un en rappelle un autre du même acabit à ma mémoire: l'échec du référendum québécois sur la Souveraineté (je préfère dire l'Indépendance parce qu'il semble évident à mes yeux que le Québec est déjà en grande partie Souverain. Il le serait plus complètement si ce n'était l'existence de ce maudit sénat canadien composé pour la plupart, n'en déplaise à ceux qui le constituent, d'anciens camarades non élus de notre actuel premier ministre sortant, dixit M.Jean Chrétien, qui sera beaucoup plus utile au développement de l'Afrique qu'il le fut pour le développement du Canada (encore plus celui du Québec) dont il a combattu -jusqu'à en avoir la bouche croche à force de vociférer contre les méchants séparatistes-, les forces progressistes de changement de partout au Canada, qui souhaitent depuis toujours être débarrassés de Her Majesty The Queen et de ses très fidèles représentants canadiens). Cette reine n'a jamais eu de coeur ( comme j'aurais souhaité que ce fut plutôt la Princesse Diana, celle qui se voulait justement la reine des coeurs, qui règnât sur notre belle patrie si rebelle, tant qu'à vivre dans une monarchie! ). Élisabeth II n'a jamais rien compris du Canada qui est bien loin de Londres tant au niveau spatial que fonctionnel. En effet, le Canada (et encore bien davantage le Québec!) est un pays profondément démocratique et très Républicain, tant dans la gestion des affaires intérieures que des affaires extérieures, n'en déplaise aux rétrogrades monarchistes -dont il reste malheureusement quelques poches. J'en veux pour preuve TOUS les parlementaires canadiens qui se sont vivement opposés (aux côtés de notre mère patrie la France qui n'en est pas moins notre mère même si elle nous a depuis longtemps abandonnés politiquement) aux tentatives démagogiques et hégémoniques des États-Unis souhaitant envahir l'Irak, pourtant un ancien allié -en la personne même de Saddam Hussein- pendant la guerre en Afghanistan. Cela a été fort heureux et il faut se réjouir de la grande force des Canadiens (qui auraient pu y perdre beaucoup en s'aliénant les américains, nos voisins et premiers partenaires économiques)!

Pardonnez-moi cette longue envolée sur la sagesse et la clairvoyance des Canadiens, mais je me devais de dire tout cela publiquement étant donné que je n'ai aucune autre voix pour m'exprimer que ce merveilleux Dialogus qui me permet de parler au non moins merveilleux Charles de Gaulle!

J'ai tant et tant de choses à vous dire, car je vous ai lu non seulement sur Dialogus mais aussi dans le merveilleux livre de vos entretiens avec Michel Cazenave, «de Gaulle,une certaine idée de la France», qui, pardonnez-moi, m'est apparu bien moins aride que vos Mémoires, bien moins long du moins, un très bon résumé, quoi! En effet, ce livre parle de votre philosophie et de vos visions sur la politique et l'Histoire de la France et du monde et pas de votre carrière militaire, qui, à mes yeux de femme politisée mais pas très friande de détails militaires, était plutôt ennuyeuse! Pour résumer, ce que j'ai le plus aimé dans tous vos propos, c'est votre très grand sens de l'action historique: En effet, au moment où vous dirigiez le Destin d'après-guerre de la France, vous vous êtes rendu compte, contrairement à la plupart de vos contemporains, que la marche actuelle du monde allait directement dans le sens du droit des peuples à disposer librement d'eux-mêmes. Que ce fut le référendum pour l'Indépendance de l'Algérie ou le discours du Québec libre! -que je n'ai pas moi-même entendu parce que je n'allais naître que quatre mois plus tard, soit en novembre 1967!- vous avez encouragé de toute la force de vos convictions progressistes ces peuples encore colonisés, véritables erreurs chronologiques en des temps où les autres peuples avaient depuis plus d'un siècle acquis leur Indépendance vis-à-vis des colonisateurs, à voguer allègrement vers la liberté de la décolonialisation. Pour cela, et malgré la faillite de vos entreprises personnelles en ce sens, je vous en serai éternellement reconnaissante en tant que citoyenne libre (dans mon coeur et dans ma pensée!) de mon unique patrie le Québec, fils orphelin de votre patrie la France! Que n'auriez-vous pas pu accomplir si vous étiez venu vous installer au Québec comme vous dites en avoir été tenté! Alors, nous l'aurions eu, notre Indépendance, avec vous comme guide providentiel car les québécois n'ont jamais oublié ni votre héroïsme de Résistant durant la Deuxième Guerre Mondiale, ni votre Vive le Québec libre! dont tous les québécois sont fiers quoiqu'ils en disent, ne serait-ce que pour la page d'Histoire ainsi écrite pour l'Éternité!

En terminant, très cher Monsieur De Gaulle, permettez-moi de vous dire combien votre sollicitude et votre tendresse de père envers votre fille handicapée intellectuelle est le modèle par excellence pour moi qui suis aussi mère d'un petit homme de quatre ans, handicapé intellectuellement! Il n'est cependant pas trisomique, nous ignorons en fait la cause exacte de son handicap intellectuel, mais c'est un courageux petit soldat malgré son fragile état; il est si beau, blond comme les blés mûrs, il ressemble au Petit Prince de St-Exupéry (sans la parole malheureusement car il ne parle pas encore)... Il est beau et gentil comme un ange, il s'appelle d'ailleurs Gabriel, comme l'Archange messager de la Providence...

Sur ce, je vous prie, très cher Monsieur de Gaulle, de bien vouloir accepter mon entière reconnaissance pour avoir non seulement été le Bras Armé de la Providence lors du plus grand péril qui ait jamais menacé notre civilisation, mais aussi et surtout pour avoir été la Voix des forces progressistes poussant les peuples opprimés vers la Liberté,et encore plus pour avoir été le plus merveilleux père qui fut jamais pour votre fille handicapée!

Vous êtes mon Père spirituel,

Nathalie la Québécoise

P.S. Vous avez été visiblement un père exceptionnel pour votre fils Philippe, que j'ai vu à une émission appelée Vivement Dimanche animée par Michel Drucker (qui adore les Québécois qui le lui rendent bien!). Quel bel héritier vous avez là! Non seulement il a de l'envergure mais aussi une intelligence supérieure, une gentillesse et une politesse tout à fait exquises! Et quand il parle de vous, une telle tendresse dans la voix! Comme vous devez en être fier!!!

 

       
         

Charles de Gaulle

      Madame la Québécoise, mon enfant spirituel,

Tout d'abord merci pour vos courriers fort aimables. Il est doux à un vieil homme comme moi de savoir qu'il provoque chez certaines jeunes femmes de manifestes émois d'entrailles...

Je vais pourtant devoir vous donner tort, à plusieurs égards. Oh! pas sur vos vues canado-canadiennes, dont je vous laisse l'entière responsabilité d'autant plus facilement que vous êtes bien plus qualifiée que moi pour évoquer ces questions.

Mais commençons par le début. Certes, je ne suis pas né général. Il est en revanche certain, bien que j'eusse été nommé général «à titre provisoire», que je mourrai général. Et cette espèce d'ironie historique n'échappe pas à tous ceux qui s'adressent uniquement à moi par «mon général», alors quÇils pourraient employer «Monsieur le président», qui semblerait plus prestigieux. Pour moi, et pour la même raison, c'est bien «mon général» que je préfère.

Par ailleurs, je ne puis accepter votre jugement sur le référendum dont l'issue a déterminé mon retrait du pouvoir: il nÇa pas «lamentablement échoué». Les Français ont cru bon de rejeter, à une majorité faible, une proposition que je leur avait faite pour l'organisation territoriale de l'Etat. Ce référendum, a posteriori déterminant, n'avait rien d'essentiel. Et puis je vais vous confier un secret: je n'étais pas si mécontent que cela de quitter le pouvoir: il ne comportait plus aucune grande querelle, son exercice avait donc cessé de m'amuser. De ce fait, la seule véritable blessure de ma vie demeure la désagrégation de la France, considérée même par l'ennemi comme la première puissance mondiale, sous mes yeux et malgré moi, entre mai et juillet 1940. Il y eut aussi mai 68, mais ce ne fut qu'une égratignure.

Ensuite, concernant mes mémoires, je me demande vraiment si vous avez dépassé la lecture du titre du premier tome: Mémoires de guerre... car je puis vous assurer que même dans ce premier volume, c'est de politique qu'il s'agit, bien davantage que de choses militaires. Et ce, même si l'objet politique de la France libre puis de la France combattante était de maintenir la France dans la guerre mondiale. J'admets pourtant que leur lecture puisse paraître aride. Après tout, elles n'étaient pas conçues comme les produits marketing qui mithridatisent les esprits contemporains du vôtre. A l'époque de leur première édition, pourtant, elles firent des succès de librairie assez considérables. De vos jours, paraît-il, il semble qu'un livre unique recueille un jugement unanimement positif: celui-ci, conçu pour des enfants, conte les aventures d'un jeune mage, Henri Potère, ou quelque chose comme ça. Cela n'est pas tellement rassurant sur la capacité de vos contemporains à accueillir une oeuvre littéraire véritable...

Pour revenir, quand même, sur le Canada, il faut encore que je précise que si je mÇy étais installé, comme l'idée m'en a effectivement traversé l'esprit plusieurs fois, ce n'aurait pas été pour y entamer une carrière politique, mais pour y être tranquille, retiré des tourments d'une guerre où avant de combattre l'ennemi, il fallait user beaucoup d'énergie pour s'opposer à des alliés duplices. Il est donc peu vraisemblable que j'aurais été plus utile à la cause indépendantiste qu'en venant en visite à Montréal, comme président de la République française, parler du Québec libre.

Enfin, si je me permets de ne guère vous ménager, dans cette réponse, c'est que je sais que vous êtes une femme d'un courage et d'une dureté exceptionnels: je sais quelles qualités sont requises et se développent encore lorsque la Providence nous donne la responsabilité d'un petit être enfermé dans sa prison intérieure. Alors embrassez bien Gabriel de la part d'un vieux soldat qui eût pu être son arrière-grand-père. Je vous embrasse aussi et vous demande encore un peu de patience pour ma réponse sur l'Algérie, qui finira par venir également,

Bien affectueusement à vous,

Charles de Gaulle
         
         

Nathalie

      Cher Général De Gaulle,

Peut-être croyez-vous ne pas m'avoir ménagée dans votre réponse à ma lettre intitulée Le destin de la France et du Canada est la victoire, mais je vous rassure complètement à cet effet: au contraire, je trouve que vous m'avez ménagée dans la mesure où vos propos sur mes propres commentaires quelquefois acerbes concernant quelques tournants importants de votre carrière ne m'ont jamais semblé contredire mes assertions mais au contraire, elles les confirmaient au-delà de ce que je pouvais en espérer!!!

Ce qui au contraire m'a quelque peu déçue et qui pour vous semblait pourtant être un petit boniment anodin est votre insinuation à l'effet que votre personnage provoquât chez-moi des émois des entrailles (c'est votre expression exacte!). Or, sans vouloir blesser le charmant «vieux soldat» que vous êtes, toujours selon votre expression mon Général, les «émois» que vous pouvez éveiller en moi n'ont rien de«viscéral» mais ont tout à voir avec l'admiration que toute personne du commun des mortels peut avoir pour un personnage hors du commun tel que Charles De Gaulle!!! Comme vous le dites si bien vous-même, et sauf votre respect, Général, vous pourriez être mon grand-père et même plus, mon arrière-grand-père et de plus, on ne saurait aimer viscéralement quelqu'un dont on a seulement lu les bouquins et dont notre grand-père et notre père nous ont parlé parce qu'eux sont de la génération qui ont connu un tel être d'exception, en l'occurence vous, M. De Gaulle!

Pour ce qui est de votre fils Philippe, il pourrait aussi être mon propre grand-père, c'est pourquoi si par hasard il lui arrive d'écrire des réponses à votre place, cher vieux Général, qu'il sache, sauf son respect, que je n'ai de l'admiration que pour l'éducation apparemment sans faille que votre femme (et peut-être un peu vous-même par votre exemple) lui avez prodiguée et dont VOUS, en tant que PÈRE (j'aimerais simplement que mon fils puisse devenir ainsi plus tard ce qui semble impossible, n'est-ce pas???) devez être très fier, et cela s'arrête-là! Qu'il sache, sans trop vouloir lui faire de peine, que je ne me pâmoisonne que devant quelques jeunes chanteurs de charme, pas devant d'aimables vieillards, aussi verts et charmants soient-ils!

Pour ce qui est de ce que vous considérez comme les blessures politiques ou personnelles de votre vie, vous avez entièrement raison de me remettre gentiment à ma place, car il n'y a en effet que vous-même qui puissiez en témoigner!

Quant aux goûts particuliers de mes contemporains pour une certaine littérature fantasmagorique et enfantine tel le Harry Potter (encore un bizarroïde personnage de l'univers anglosaxon!) auquel, je suppose par la consonnance du nom que vous avez cité de façon incorrecte, sans vouloir vous offenser, vous faisiez allusion dans votre réponse à ma lettre, je ne l'ai jamais lu, mais j'en ai longuement entendu parler et malgré les critiques dithyrambiques qu'on lui a accordées, je n'ai jamais même été le moindrement tentée de lire cette série (car les quatrième et cinquième tomes sont déjà édités!)

Mais, M.De Gaulle, de la manière dont vous en parlez et vous le critiquez sévèrement, vous-même semblez vous être laissé tenter par cette lecture pour le moins «déshonorante» pour un intellectuelle de haut niveau tel que vous!!! Ah! Ah! Je vous y prends, Général!

Vous avez cependant raison pour vos Mémoires, la gamine coquine que je suis vous a effrontément menti (mon nez s'est démesurément allongé quand je vous ai écrit mes critiques! Ha! Ha! Ha!), je ne les ai jamais même lues, désolée de vous avoir à la fois menti et fait une fausse joie en vous disant les avoir lues!!! Je ne m'intéresse pas suffisamment à l'Art de la guerre (et de la politique puisque vous insistez pour dire que là était plus précisément leur propos) pour me «taper» cette longue lecture peut-être passionnante pour un homme mais sûrement jamais pour une vraie femme (il est bien connu que nous ne lisons que les magazines de mode ou à la rigueur le Paris Match, n'est-ce pas?) Mais je suis un peu dépitée que vous ne m'ayez pas commenté le livre de Cazenave, De Gaulle ou une certaine idée de la France, dans lequel vous affirmez que le grand principe qui vous a toujours guidé dans votre glorieuse vie est que le Destin ultime de la France sera toujours la Victoire, selon les desseins de la Providence elle-même (ce sont vos propres propos, que j'appuie complètement, comme le dit d'ailleurs le titre de mon premier message!). De plus, vous avez toujours prêché pour le droit de tous les peuples de la Terre de disposer eux-mêmes de leur Destin collectif et c'est le rêve encore inassouvi (donc toujours vivace) de plus de quarante pour cent de la population votante du Québec, ma patrie et mon seul véritable pays!!! J'aurais donc bien aimé que vous me parliez encore davantage de ces convictions qui sont les vôtres sur le droit des peuples à l'autodétermination! Mais vous avez préféré vous en abstenir et j'en suis profondément désolée, moi qui n'ai jamais pu entendre de mes propres oreilles vos nombreux discours sur ce sujet qui m'intéresse de façon très particulière!!!

Mais ce sera peut-être pour une prochaine lettre, qui sait?

RESPECTUEUSEMENT,

Nathalie la Québécoise