La résistance et ses résistants
       

       
         
         

Almava

      Monsieur,

Aujourd'hui vous êtes LE symbole de la résistance française. Votre appel du 18 juin 1940 mérite tout notre respect. Mais...

N'est-ce pas un peu réducteur, reconnaissez-vous que toutes les luttes post libération entre les différents réseaux et leurs chefs qui depuis vous sont ou non fidèles vous ont placé sur un piedestal un peu exagéré? Le symbole de la résistance, ne sont ce pas ces hommes et femmes inconnus qui ont donné leur vie parfois sous la torture pour que vous comme moi puissions vivre dans une certaine idée de liberté?

Deuxièmement, j'habite Toulouse, et ici on garde un très mauvais souvenir du jour peu après la libération où vous êtes venu dans notre ville et avez refusé que les communistes espagnols soient honorés comme il se doit. C'est une blessure qui ne cicatrisera jamais. Avez-vous conscience du manque de respect de votre geste?

Une toulousaine

 

       
         

Charles de Gaulle

      Madame,

Votre lettre anonyme et calomnieuse est parfaitement affligeante, du point de vue historique comme du point de vue politique. C'est à me faire regretter d'avoir donné le droit de vote aux femmes. Enfin!

Non, le général de Gaulle n'est pas un symbole réducteur de la Résistance française: après avoir été sa première et unique expression (le 18 juin 1940, précisément, alors le pouvoir en lambeaux posait culotte à Bordeaux) il en fut le chef. Oui, chaque vie sacrifiée pour la libération de la France symbolise tout aussi bien ce sursaut d'orgueil de la patrie que fut la Résistance: serez-vous celle qui apprendra par coeur tous les noms des héros à qui vous (mais pas moi) devez la liberté, comme vous dites? Je vous y invite: cela impressionnera beaucoup, en société.

Vous accusez les réseaux de la Résistance qui se sont chamaillés pour le pouvoir après la Libération de m'avoir érigé un piédestal. Eh bien allez vous en plaindre auprès d'eux! Est-ce ma faute si l'Union sacrée que j'avais rassemblée autour de moi dans la lutte (grâce à Jean Moulin, qui était radical, donc de gauche) décida d'exploser en querelles minables après la victoire? Les communistes, aux thèses desquels vous semblez sensible, qui se battirent sans état d'âme sous la Croix de Lorraine pendant la guerre, ne furent pas les derniers à jouer leur petite musique de la discorde, après l'armistice.

C'est précisément pourquoi, afin de ne pas alimenter les petites disputes des petits hommes de la petite politique, après la Libération, j'évitai, comme à Toulouse, de faire référence aux communistes, fussent-ils espagnols. Quant à mon sentiment sur la cause Républicaine, vous pourrez facilement le déduire de certaines de mes grandes amitiés: Malraux et Mauriac, notamment, ont pris parti dans la guerre civile espagnole. Si vous ouvrez un livre d'histoire, vous trouverez assez aisément pour quel camp ils livrèrent leur combat.

Sus aux cons: no pasaran!

Un chef français