Franco (2)
       

       
         
         

Anonyme

      Cher Monsieur de Gaulle,

En 1969, après avoir été contraint de démissionner de la Présidence, vous avez décidé d'aller visiter l'Europe. Je me souviens parfaitement qu'une fois en Irlande, vous êtes allé rendre visite à Eamon de Valera. Vous lui avez confié que vous réserviez votre prochaine visite à Franco, ce que vous avez fait l'année suivante. Pourquoi être allé en toute sympathie rencontrer votre ancien ennemi juré?

Cordialement

 

       
         

Charles de Gaulle

      Colombey-les-Deux-Eglises, le 30 juin 1969,

Monsieur,

Ainsi que ma lettre d'acceptation vous le confirmera, ma présence sur Dialogus, de mon côté du temps, ne date que de quelques mois: précisément du jour où j'ai été contraint de démissionner, comme vous dites, ou du lendemain. Certes, je reviens d'Irlande, il y a quelques jours. Certes j'ai fraternisé avec Eamon de Valera, comme vous le soulignez justement, et nous avons bu à l'Irlande réunifiée. Je suis parti là-bas prendre contact avec mes racines profondes, et il a semblé à un grand résistant comme de Valera qu'il pourrait proposer à de Gaulle, qui fut le chef de la Résistance française, de venir partager quelques moments avec lui. Je n'ai bien sûr pas refusé. J'étais devant Douaumont lorsqu'il défendait la Poste Centrale de Dublin, la semaine de Pâques 1916, contre les colons. Une réunion d'anciens combattants, en somme.

L'Espagne, dites-vous, pour l'année prochaine? C'est que je suis invité en Chine, et si ma santé me le permet, j'honorerai cette invitation. Mais dans le cas contraire... l'Espagne, pourquoi pas? Et si Franco m'invitait, j'honorerais son invitation également, sans plus de cérémonie. Cela ne ferait pas plaisir à votre ami Malraux, ni à Mauriac, d'ailleurs. Mais après tout, Franco n'a-t-il pas été le premier chef d'Etat à m'écrire pour me saluer, après que, comme vous dites, les Français m'ont contraint à démissionner? Nous verrons bien.

A vous,

Charles de Gaulle