Fin de l'Algérie française
       

       
         
         

André Moreau

      Monsieur le Président,

Ma question porte sur l'Algérie. Si je puis comprendre que vers 1960 dans certaines analyses, dont probablement la vôtre, on ait pu estimer qu'il n'y avait plus d'avenir pour une France «de Dunkerque à Tamanrasset», et que l'on se soit engagé sur la voie d'une Algérie et d'une France indépendantes, ce que je ne comprends pas c'est la manière dont cela s'est passé.

En effet, sur un plan militaire ou policier, en 1962, il paraît incontestable que les forces de l'ordre avaient «gagné la guerre», et il me semble donc que les autorités françaises et au premier rang desquelles le président de la République, étaient en position de force pour imposer le processus de l'émancipation algérienne sans passer sous les fourches caudines. Dès lors pourquoi ne pas avoir imposé des conditions honorables, voire favorables pour la France? Pourquoi avoir accepté de livrer à leurs bourreaux cruels et à une mort certaine les harkis (qui n'avaient pas été économes de leur propre sang pour combattre aux côtés des forces de l'ordre françaises) et leurs familles? Pourquoi interdire à nos soldats de circuler avec leurs armes ou leur interdire d'intervenir pour protéger les familles qu'on lynchait, qu'on massacrait ouvertement? Qu'est-ce que ça aurait coûté qui fût intolérable que de permettre à la France, son armée, ses ressortissants et ses partisans de se retirer dans l'ordre, l'honneur et avec la vie sauve?

On associe si souvent votre nom à l'idée d'une certaine «grandeur» de la France. Comment associer cette grandeur et tout ce déshonneur?

Saurez-vous me répondre?

André Moreau

 

       

 

       

Charles de Gaulle

      Monsieur,

Je ne suis pas exempt d'erreurs, et la route de l'Algérie vers l'indépendance n'était pas exempte de difficultés, de passions et de haines recuites. Porté-je vraiment sur les mains le sang de tous les innocents qui ont perdu la vie quand la France perdait l'Algérie? L'Histoire est juge, Monsieur. J'ai fait au mieux. Qu'auriez-vous fait à ma place?

Charles de Gaulle