Finalement
       

       
         
         

Olivier Logut

      Bonjour,

Avec tout le respect que je dois vis-à-vis de l'homme d'État, de votre parcours, de votre carrière politique, je me permets de vous poser une question.

Que pensez-vous de ceci: finalement ,de Gaulle, il doit tout à Hitler.

D'avance merci.

Olivier

 

       
         

Charles de Gaulle

      Monsieur,

Fondamentalement, vous n'avez pas tort, car après qu'il a accédé au pouvoir, Hitler s'est entêté à confirmer mes pires suspicions, quant à ses desseins. Il faut dire que j'avais lu Mein Kampf dès sa parution et qu'il convient, concernant cet ouvrage, de reconnaître à Hitler le mérite de la franchise: ses funestes plans y étaient précisément décrits. Moi, à ma place, dans les années 30, je m'évertuais à faire mesurer dans les cercles du pouvoir français les risques considérables que faisait courir à la paix et à la démocratie européenne le nouveau chef de l'Allemagne.

D'un point de vue militaire, d'abord, il s'agissait pour moi de convaincre que la doctrine française, fondée essentiellement sur ligne Maginot, la guerre de position, la puissance du feu, bref la défense, était une folie. Face à un ennemi que nous savions déterminé à en découdre, je préconisais la création d'une arme blindée autonome, le mouvement, le choc, bref: l'offensive. Mais les caciques fossilisés du Champ-de-Mars n'avaient à l'époque ni oreille ni cerveau. Ils n'avaient qu'une bouche pontifiante et dédaigneuse, reliée à des atavismes imbéciles qui ne leur inspiraient rien d'autre que la manière dont ils auraient pu gagner les batailles perdues vingt ans plus tôt.

D'un point de vue politique, il aurait fallu selon moi marquer notre ferme détermination dès que les premiers indices furent connus du début de la recherche par Hitler de son Lebensraum (Sudètes, Anschluss, etc.). Celle-ci, en effet, selon le projet de Hitler, ne devait prendre fin qu'avec la soumission de la France.

Mais je fus trop peu écouté, à l'époque, trop mal, ou trop tard. La Providence a voulu que je me retrouve seul avec une France abandonnée par ses gouvernants, défaite et humiliée, avant de me permettre, enfin, de commencer à combattre Hitler.

Sincèrement à vous,

Charles de Gaulle.