Colombey Les Deux Mosquées
       

       
         
         

Jean-Paul Malezieux

      Monsieur De Gaulle,

Comment vous, un géant dans l'Histoire et citoyen de Colombey les Deux Eglises, voyez-vous la France actuelle au risque de l'Islam?

Nous avons moult exemples quotidiens qui illustrent hélas, comment l'Islam s'insinue dans les institutions françaises. De plus, cette évolution s'effectue au mépris de la loi et sans avoir été précédée ni d'un débat public, ni d'une décision politique!

Le risque étant, à terme, la désintégration communautaire du tissu social! Il nous faudra alors rebaptiser votre village Colombey Les Deux Mosquées...

Qu'en pensez-vous?

Bien à vous

Jean-Paul MALEZIEUX

 

       

 

       

Charles de Gaulle

      Monsieur,

Pourquoi dissimulerais-je le fait que votre lettre me cause un profond malaise? Il me faudrait, avant de répondre, savoir qui m'interroge ainsi. Je ne sais rien de la situation que vous me décrivez avec alarme. Le risque que vous évoquez est-il réel ou, au contraire, est-il imaginé par un esprit rendu confus par la marche du monde?

Vous évoquez moult exemples d'insinuations de l'Islam dans les institutions françaises. Parmi ce grand nombre, pouvez-vous me citer seulement un ou deux exemples? Combien de ministres, de grands commis de l'État, de juges, de journalistes d'influence, d'enseignants sont-ils musulmans? Leur nombre dépasse-t-il déjà celui des citoyens d'origine juive, au sein de celles de nos institutions qui font la France? Ce n'est pas, évidemment, que ces derniers me gênent, mais ils offrent, admettons-le, un élément de comparaison.

Il ne saurait être question pour moi de conforter des craintes imaginaires au risque de paraître, disons-le, admettre quelque forme de racisme que ce soit. Aussi vous proposerai-je une manière de procéder, sur ce sujet: vous m'exposez les exemples les plus marquants de l'insinuation de l'Islam dans les institutions de la République et je vous dis si le risque que vous percevez est réel ou pas.

À bientôt,

Charles de Gaulle
         
         

Jean-Paul Malezieux

      Monsieur De Gaulle,

Je suis un français moyen de 58 ans ayant toujours cultivé les valeurs qui ont fait la France. En outre, je pratique le respect de l'autre, des principes et des règles comme il se doit pour vivre harmonieusement dans une société civilisée, pour autant que l'autre applique la réciprocité!

Or, réalistement et sans dogmatisme, j'observe depuis une vingtaine d'années, une dérive progressive de la société française vers le multiculturalisme et je suis légitimement inquiet de savoir si mes enfants et mes petits-enfants vont hériter d'une société désintégrée!

Vous me demandez: «Combien de ministres, de grands commis de l'État, de juges, de journalistes d'influence, d'enseignants sont-ils musulmans?».

En vérité, ce sont là des informations dont le français moyen ne dispose pas!

Combien de ministres? Aucun vraisemblablement, compte tenu du mode d'élection des députés. Mais les autorités musulmanes sont régulièrement consultées par le gouvernement.

De grands commis de l'État? C'est plus probable puisque leur nomination peut se faire en catimini, sans consultation démocratique. Idem pour les juges...

Quant aux journalistes, il y en a en effet quelques uns à la télévision (y compris à TF1), dans la presse écrite et à la radio, donc leur influence est réelle.

Enfin, pour les enseignants, rien n'empêche un musulman d'y prétendre, mais ils ne doivent pas être très nombreux car à en juger par la violence et la "chienlit" qui règnent dans certaines écoles...

Quelques exemples d'insinuations de l'Islam dans la société française?

Ici, ce sont des collégiens qui, sous prétexte que leur foi interdit de pénétrer dans un édifice chrétien, refusent de visiter une église avec leur professeur d'histoire!

Là, ce sont des lycéens qui excluent de lire Chateaubriand parce que l'Orient y serait évoqué de manière raciste!

Ailleurs, ce sont des collégiennes qui ne veulent pas de mixité à la piscine.

Là encore, ce sont des élèves qui exigent des tables séparées à la cantine!

«Je ne suis ni française ni marocaine, mais musulmane», affirme une élève (voilée) du lycée d'Albertville!

Pour d'autres exemples, je vous invite à lire «La République et l'Islam» de Jeanne-Hélène Kaltenbbach et Michèle Tribalat, deux sociologues et spécialistes des questions d'intégration.

Au quotidien, les médias évoquent pudiquement l'incivisme et les incivilités, nouvel euphémisme politiquement correct désignant les viols, les saccages et les trafics par les «jeunes» dont l'origine ethnique est curieusement omise quant il s'agit des populations colorées!

Les reculades officielles sont légion: le port, en milieu scolaire laïque (!) du voile islamique, des centaines de quartiers des banlieues devenues des zones de non-droit où la Police ne pénètre plus, plusieurs centaines de voitures incendiées chaque année (la ville de Strasbourg est en tête de ce «hot parade»!), les injures courantes de type «putain de ta race» ou «je nique ta mère» ne sont pas prises en compte en tant qu'injures à caractère racial, les juges relâchent les immigrés appréhendés par la Police...

Les musulmans représentent 10% de la population française et plus de 50% de sa population carcérale!

Et le différentiel des naissances de cette origine avec la population d'accueil ne fera qu'accentuer toutes ces dérives.

La vraie question est que le melting pot ne fonctionne plus avec ces populations dont la culture est trop éloignée de la nôtre, dont la religion est différente de la nôtre. Les précédentes vagues d'émigration en France avaient quasiment la même culture et la même religion que les nôtres, peu ou prou.

Ainsi, la manière non officielle dont l'Islam s'insinue en France est un déni de démocratie et une entorse au principe unitaire de la République.

Première phase du processus: sous l'effet du différentialisme en vogue dans les milieux intellectuels, le concept d'assimilation a été abandonné; les immigrés sont donc incités à s'installer en France sans renoncer à leurs traditions.

Deuxième phase: avec la complicité tacite des pouvoirs publics, le culte musulman bénéficie d'avantages contredisant la séparation de l'Eglise et de l'État.

Y aura-t-il une volonté politique pour trouver une solution à cet immense enjeu: comment définir un modus vivendi entre la laïcité et une religion qui ignore la distinction du temporel et du spirituel?

Si la réponse n'était pas trouvée, nous entrerions dans la troisième phase: la désintégration communautaire du tissu social.

Est-ce cela que cherchent les chantres du multiculturalisme?

Qu'en pensez-vous cette fois?

Bien à vous

Jean-Paul MALEZIEUX
         
         

Charles de Gaulle

      Monsieur,

Je vous sais gré de m'avoir apporté des éléments précis, qui ont nourri ma réflexion et m'ont permis de comprendre votre point de vue. Ce n'est que trop rarement que mes correspondants de votre temps consentent à me livrer des informations complémentaires et qu'ils permettent ainsi à une véritable discussion de s'instaurer. J'ai également mis à profit le temps qu'il vous aura fallu patienter avant de recevoir cette réponse pour étudier à fond le problème sur lequel vous avez attiré mon attention. Je sais que cela ne plait guère à notre hôte, l'excellent Sinclair Dumontais, mais je suis un incorrigible curieux et après tout, c'est bien à lui que je dois de disposer sur votre époque d'une fenêtre magique, la même qui me permet de communiquer avec vous.

Je comprends votre point de vue, écrivais-je. Je ne le partage certes pas. Car Monsieur, faut-il vraiment qu'un homme du passé vous ouvre les yeux sur les enjeux cruciaux de votre temps?

Le râle des misérables, la plainte des humiliés, les sanglots des laissés-pour-compte dont l'écho résonne inlassablement d'une époque à l'autre ne sont-ils donc point parvenus à vos oreilles? Ne comprenez-vous pas que le mépris d'un monde pour l'autre, lorsque l'information triomphe et s'anime d'une vie propre, au-delà de tout contrôle, devient insupportable à ceux qui le subissent? Comment ces derniers ne nourriraient-ils pas pour leurs contempteurs maintenant plusieurs fois séculaires, toujours plus arrogants, toujours plus dominateurs, toujours plus riches aussi et toujours plus avides, le plus profond des ressentiments? Oui Monsieur, c'est bien l'Occident que j'évoque, et la morgue qu'il affiche entre autres, mais pas seulement, au visage de l'Orient, du monde Arabe, de l'Islam.

Êtes-vous de ceux qui n'ont encore acquis aucune espèce de recul sur la civilisation judéo-chrétienne? Parce que l'Occident meurt étouffé par le superflu, il aurait atteint le stade ultime de la civilisation, découvert le modèle idéal du développement, quand tant d'hommes ne disposent pas encore de l'indispensable: un bol de riz par jour? Combien de temps pensiez-vous qu'une humanité devenue omnisciente pourrait contenir la vague de ceux qui, l'ayant assez subie, résolvent enfin d'attaquer l'injustice, maintenant clairement identifiée, dans ses sources comme dans ses rouages?

Dans le conflit qui débute à peine - je le crains - en direct, devant vos yeux, celui qu'on appelle des civilisations, que chacun redoute mais vers lequel l'administration américaine pousse irrémédiablement votre monde, je suis persuadé que la France porte encore un espoir. Et suivant moi, cet espoir réside précisément là où se nourrissent vos craintes.

Permettez-moi de m'expliquer.

La guerre froide, qui faisait passer le monde pour dangereux, aura débouché sur une période plus sombre encore, où des forces qui profitaient, bon an mal an, de la rivalité entre les blocs américain et russe, servant alternativement l'un et l'autre, n'ont plus désormais qu'un ennemi commun. L'Amérique, me direz-vous, pensant à la tragédie, le Pearl Harbor de votre temps.

L'Occident tout entier, vous répondrai-je, fort du constat que le point de vue dont je dispose sur votre époque me permet de tirer. C'est bien l'insouciance du monde occidental, la gigantesque entreprise d'abrutissement des masses qui s'y déroule, par des forces mercantiles et au détriment de l'humanité d'anciens citoyens devenus méprisables consommateurs, qu'on lui reproche, depuis le monde qui crie sa faim, sa peur, sa honte, sa misère, qui hurle à l'injustice. Jamais, en effet, l'injustice du monde, aussi vieille que l'animal, n'est apparue aussi clairement et largement qu'à votre pauvre époque.

Un ennemi commun pour le monde qui souffre, et une arme unique, terrible et injuste, elle aussi: la terreur. Puisqu'on oublie, sur les écrans innombrables qui vous entourent désormais, les misères des leurs, des fous déterminés vous envoient des images de vos semblables déchiquetés, infiniment moins nombreux à tomber que les enfants qui meurent encore de la malaria ou de la faim, mais tellement plus propices aux déferlements de commentaires dans vos gazettes. Un seul message, et qui est objectivement aussi fort que les actes odieux des fanatiques: ouvrez les yeux sur la réalité que revêt le monde, pour la plus grande partie de l'humanité.

Je ne reviens pas, dans le contexte entrevu de loin que je décris, sur la réaction de l'Amérique autiste à la nouvelle donne qui s'offre à la réflexion de ses stratèges, manifestement très bornés. On me qualifierait encore d'anti-américain. Remarquez, j'en ai l'habitude. Je serais également antisémite, selon certains. À l'idée d'autres, (rappelez vous l'OAS) je suis même anti-français. Enfin!

Intéressons nous à la France, justement. Après tout, c'est sur sa situation que vous m'interrogiez et à ce stade, vous pensez peut-être que le vieux général s'est enflammé et qu'il a perdu le fil de ses idées. Tel n'est pas le cas, car il ne vous aura pas échappé qu'en première ligne des fous que j'évoquais, on trouve essentiellement des arabes, qui partagent le culte de ce qui constitue, justement, pour des raisons historiques et donc sacrées, le second groupe religieux de la France. Les fanatiques poseurs de bombes forment la triste avant-garde d'un combat, qui, vu d'où je me trouve, est pourtant parfaitement légitime. Car la seule querelle qui vaille est celle de l'homme. Car c'est l'homme qu'il s'agit de sauver, de faire vivre, de développer. Pas juste le WASP ou le judéo-chrétien-consommateur: l'homme.

Autrement dit, tous les hommes.

Il faut donc comprendre, Monsieur, qu'une nouvelle fois, la Providence a voulu pour la France un rôle de premier plan dans un combat mondial et sacré. Rappelez-vous sans fin, Monsieur, que le jour de votre naissance, l'Algérie était une partie de la France. Rappelez vous que ces deux grands pays, l'un occidental, l'autre arabe, qui se sont séparés avec tant de souffrances n'auront fait qu'un pendant 130 ans. Rappelez vous que ces 130 ans scellent un pacte, une communauté de destin entre ces deux peuples, que l'Histoire viendra toujours rappeler à ceux qui entendraient l'oublier.

Alors, qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie que la France dispose d'un lien tout particulier et presque unique avec un monde complexe, à bien des égards soustrait à la compréhension des êtres communs (suivez mon regard sur les rives du Potomac): le monde Arabe. Et je crois y être pour quelque chose. Du même fait, la France jouit en son sein de la richesse de l'Islam, de ce qui est bon en lui, de ses bonnes volontés, que la République n'est pas fondée à rejeter, mais qu'elle a au contraire le devoir historique et donc sacré de prendre en compte et d'assimiler.

Alors c'est une épreuve, évidemment! C'est une difficulté qui vous semble, pour l'instant, entraver le destin de la France! Mais l'enjeu est mondial, ne vous y trompez pas. Que préférez-vous: que les imams qui prêchent dans les mosquées françaises soient formés dans les madrasas du Moyen-Orient, ces chaudrons que font bouillir la haine, ou qu'ils soient formés dans des instituts relevant d'une autorité musulmane française, interlocutrice du gouvernement de la République et responsable devant lui? Puisqu'on ne convertira pas ceux de vos concitoyens dont la religion vous gêne, puisqu'on ne pourra pas, parce qu'on ne le doit pas, tous les mettre dehors, mon choix personnel, Monsieur, est rapidement fait.

Puisqu'une partie de l'Islam entend gravement déstabiliser le monde au nom d'une cause dont on peut débattre, dont les puissances ont même le devoir de débattre, celui de la justice à l'échelle mondiale, pourquoi la France, riche de ses populations et de ses cultures, métissées par l'Histoire, ne favoriserait-elle pas ce débat en invitant l'Islam, en tant que tel, au banquet de la République?

Car j'observe, malgré ma très grande réserve à son égard, que votre chef de l'Etat récemment réélu semble enfin avoir trouvé une cohérence. Comme s'engage sur le plan domestique l'entreprise importante que vous redoutez, celle de la création d'un Islam de France, s'affirme sur la scène internationale la voix de France. A Johannesburg, tout d'abord, à la fin de votre été 2002, puis tout au long de l'édifiante affaire iraqienne: la France (mais aussi l'Allemagne avec cette stupéfiante mais revigorante commémoration du traité de l'Elysée, que les Allemands avaient pourtant méprisé, en son temps) s'honore d'une position équilibrée, quoique l'on dise ou que l'on écrive (surtout en anglais...), audible des pays laissés-pour-compte, de l'Afrique à la Mésopotamie. La France semble avoir compris et la France semble en mesure de convaincre ses partenaires que le monde ne supportera pas longtemps les déséquilibres qui s'y perpétuent, qui s'y creusent, même, et qui sont désormais parfaitement connus, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest.

Ce constat ne procède pas, d'ailleurs, du simple altruisme: à mesure que l'injustice devient flagrante pour un nombre toujours croissant d'hommes, le monde devient plus dangereux: L'Occident, en persistant dans sa logique égotiste, scierait immanquablement la branche sur laquelle il est assis et finirait par plonger le monde dans un irrémédiable chaos. Il procède du bon sens, de l'humanité, mais aussi de votre intérêt, et de celui des générations qui vous suivront.

L'Histoire est longue. Pour douloureux que vous paraissent les choix de la France de vos jours, pour accablantes, parfois, que soient les anecdotes que vous évoquez, il importe que la France agisse pour éloigner le spectre de la guerre civile de religion qui la menace peut-être, je vous le concède.

L'approche de votre gouvernement ne me paraît pas stupide, à cet égard, même si je suis bien trop loin de votre temps pour porter sur elle un jugement beaucoup plus précis. Il s'agit en toute hypothèse de reconnaître la seconde religion de la France, d'une manière ou d'une autre, pour purger sur le sanctuaire national les foyers de haine qui subsistent dans la pénombre des caves indignes que l'on nomme mosquées, et qui, financées de l'étranger par des groupes extrémistes, prospèrent sur l'absence d'organisation en France du culte musulman.

Suivant moi, par surcroît, si la France maintient durablement le cap qu'elle vise, celui d'une réforme des relations entre Etats et de la gestion des conflits dans le sens d'un plus grand équilibre et d'une plus grande justice mondiale, elle recueillera les fruits de ses efforts, d'abord sous la forme d'une concorde civile. Il lui faudra alors entraîner l'Europe dans sa vision, ce qui, manifestement, ne sera pas simple.

Peut-on rêver ensuite que les foyers de haine s'éteindront partout, que la prospérité reviendra pour chacun, que les nations et les cultures cohabiteront enfin sereinement, préoccupées seulement par leurs échanges de biens? On ne peut peut-être pas faire ce rêve, mais on le doit!

Il existe entre la grandeur de la France et la liberté du monde un pacte vingt fois séculaire. Si pour signer un nouveau pacte, pour vingt siècles de plus, il suffisait de débaptiser Colombey, cela en vaudrait la peine, n'est-ce pas?

Sincèrement à vous,

Charles de Gaulle
         
         

Jean-Paul Malezieux

      Monsieur De Gaulle,

Pour tout vous dire, je suis déçu de votre dernière réponse qui au mieux, répond à tout et rien, au pire, est hors sujet!

Je vous ai toujours admiré, vous et «votre courage de dire», la façon dont vous avez toujours fustigé l'imposture des élites, vos analyses très justes concernant l'avenir de notre pays.

De plus, je déteste souverainement le politiquement correct et le discours unique qui sévissent dans nos démocraties en jetant leurs anathèmes sur ceux qui osent penser différemment (et qui sont de ce fait, exclus de tout dialogue avant de devenir des pestiférés)!

C'est pourquoi je ne puis admettre une certaine pusillanimité de la part de mon maître à penser face à une situation réelle (et les faits sont têtus) devant cet enjeu de notre société!

En effet, votre long développement sur la grandeur de la France et son rôle dans la liberté du monde n'est pas cohérent avec vos propos «terrestres», je vous cite:

«C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns; -ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle- mais à condition qu'ils restent une minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même et avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne». Ou encore: «Qu'on ne me raconte pas d'histoires!... Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre! Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans qui, demain, seront vingt millions et après-demain quarante. Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-deux-Églises, mais Colombey-les-deux-Mosquées!»

Vous savez bien que l'intégration ne marche plus et, de toute façon, ces populations «allogènes» ne la désirent pas! D'où leurs comportements communautaristes...

D'une manière générale, les faits imputables à une minorité finissent immanquablement par empoisonner la majorité (ex. les petits caïds/voyous des banlieues)... C'est pourquoi il convient de ne pas banaliser et surtout, ne pas accepter certaines velléités plus que symboliques (ex. une enseignante de banlieue qui demande à des élèves d'ôter leurs petites croix de baptême pour ne pas choquer les mères intégristes attendant leurs enfants à la sortie de l'école publique, aux instits qui ont proscrit le sapin sous le préau à Noël à la demande de parents islamistes)...

S'agissant du communautarisme «islamo-progressiste» aux accents parfois francophobes, je vous conseille le livre «Réponses juives aux défis d'aujourd'hui» de Gilles Bernheim (ed. Textuel).

Doit-on tolérer d'entendre siffler la Marseillaise lors du match France-Algérie et plus près de nous, lors de manifs «pour la paix» Place de La Concorde voir des «jeunes» brandissant le portrait de Saddam et faisant l'amalgamme entre Israël et nazisme avec des bannières dessinant une équivalence croix de David-croix gammée (servant de la sorte un prétexte à tous les actes anti-sémites commis depuis quelques mois)?

Selon moi, la question relative au risque de désintégration communautaire du tissu social reste posée?

Qu'en dites-vous?

Bien à vous

Jean-Paul MALEZIEUX
         
         

Charles de Gaulle

      Alors Malezieux,

Les faits sont têtus, répétez-vous. Vous l'êtes aussi puisque j'observe que vous ressassez avec frénésie les mêmes interrogations, avec les mêmes mots, ou à peu près. Car vous l'aurez noté, nous n'avons pas publié votre précédente lettre, qui me pressait de vous répondre vite, vite et qui laissait peu de doute quant à la haute estime dans laquelle vous portez la qualité de votre jugement et la pertinence de vos analyses. J'essayerai donc de ménager ces dernières.

Vous êtes déçu ma réponse. Laquelle attendiez-vous? «Bien sûr Monsieur, vous avez raison, les Arabes nous emmerdent, aurais-je pu commencer par écrire, qu'on interdise leur culte, qu'on les brime, qu'on arrache leurs voiles à leurs femmes. Mieux, organisons une nouvelle Saint-Barthélemy! Enfin: qu'ils comprennent, que leurs croyances sont incompatibles avec la République, que la couleur de leur peau, suspecte, souille la blancheur du Français. Qu'ils font trop d'enfants, qui de toutes manières deviendront chômeurs et parasites, pyromanes automobiles et criminels, ou même terroristes!» Car voilà sans doute le sens que vous mettez derrière les quelques mots que j'ai prononcés, sortis de leur contexte, que vous avez eu l'impudence extrême de me jeter au visage. Vous n'avez rien compris! Si vous compreniez quoi que ce soit, d'ailleurs, auriez-vous besoin d'un maître à penser?

Restez dans la peur, Monsieur, restez dans la haine que vous peinez à dissimuler encore. Protégez-vous en trouvant des boucs émissaires. Continuez à négliger le gigantesque jeu du monde, qui lui fait courir un danger mortel et bien plus immédiat que celui de la dissolution de la culture française dans l'Islam et votre obsessionnelle désintégration communautaire du tissu social: merdasse de sociologue!

Dans quelle langue faut-il que je l'écrive? Le mal est déjà largement fait, et par un ennemi autrement plus puissant et résolu que celui que vous craignez: c'est l'Amérique néo-conservatrice (fondamentaliste et fanatique, elle aussi, mais première puissance militaire mondiale) qui menace directement le monde, la richesse de ses cultures, le génie de ses diversités et ce faisant, ses équilibres. A votre époque, tout autre débat est vain! Vous me parlez du Français et de son nombril tout pâle alors que c'est la France, combien plus importante! et tous les pays, toutes les cultures, toutes les identités de notre planète qui sont menacées par une puissance qui a résolu de faire du monde son empire, aliéné à ses produits. J'entends que les États-Unis vendent des armes aux pays du pacte de Varsovie, que leurs soldats quittent l'Allemagne vers l'Est pour encercler et isoler cette dernière, avec la France et la Belgique. C'est inimaginable! Qu'ils sabotent, avec les Anglais et les mêmes pays de l'Europe de l'Est, les efforts européens pour se forger une défense! C'est insupportable! C'est contre cela, si vous avez vraiment du temps à perdre, qu'il faut vous manifester et exercer la finesse de votre analyse et la sûreté de votre jugement car c'est cela qui menace, au plus court terme, la sûreté du monde et, au passage, toute forme de culture autre que celle de l'immédiat, corollaire de l'individualisme.

C'est votre pusillanimité et votre refus obstiné de comprendre quel combat compte vraiment, de vos jours, si l'on aime la France et son identité, ou n'importe quel pays et n'importe quelle identité, qui sont inadmissibles. C'est la raison pour laquelle il est inutile de reformuler une nouvelle fois votre unique question. Je ne peux pas vous détourner de votre obsession et je ne légitimerai pas vos sentiments.

Charles de Gaulle
         
         

Jean-Paul Malezieux

      Mon Général,
 
Si je reprends la plume, ce n'est ni pour reformuler ma question initiale, ni pour polémiquer avec vous (j'ai trop de respect pour autrui, et pour vous en particulier), mais je ne puis laisser passer des propos réducteurs ou inexacts me concernant.
 
Certes, vous fûtes mon maître à penser dans mes jeunes années, mais j'ai appris depuis à penser par moi-même.
 
Je ne suis jamais pusillanime et mon parcours personnel peut en attester (vie privée, sociale, professionnelle), un homme vaut davantage pour son aptitude à se faire des ennemis que des amis (cf. Montherlant).
 
Je ne suis animé par aucun sentiment de peur, voire de haine, mais je suis par contre lucide et je ne souhaite pas laisser à ma descendance un monde avec des valeurs à des années lumière de celui qui m'a vu naître.
 
Quant à la «merdasse de sociologue», si vous me permettez l'expression, lorsque qu'elle se répand dans la rue, ce ne sont pas des élécubrations fumeuses, mais des faits.
 
Du reste, je vous informe que j'ai reçu plusieurs messages d'internautes qui m'ont félicité pour la question vous savez, mais point d'insultes ou de réprobations.

Un très grand nombre de personnes de ma génération (pas seulement mes amis) pensent comme moi.

Enfin, la question épineuse ayant aussi des incidences au plan de la sécurité, il s'est produit un coup de tonnerre électoral le 21 avril 2002 (élection présidentielle en France)!
 
Mon Général, j'ai bien l'honneur
 
Jean-Paul MALEZIEUX
         
         

Charles de Gaulle

      Monsieur Malezieux,

Repos. Je vous sais gré de vous défendre: je n'aime pas que l'on courbe l'échine au premier éclat de voix (ou au premier point d'exclamation, en l'espèce). Bah! sur le fond, vous n'avez pas tort: vos questions sont légitimes et je suis de mauvaise humeur: les nouvelles que je reçois de votre époque sont fort préoccupantes. Il faut me comprendre: il y a d'un côté le problème compliqué que vous évoquez et auquel je ne vois que la réponse que je vous ai déjà faite (car aucune marche arrière n'est possible: il faut que vous compreniez que les mots que vous avez cités avaient été prononcés dans un contexte politique bien différent de celui que vous connaissez, d'où ma colère); il y a d'autre part les questions immédiates que posent, sur le plan stratégique global, les initiatives inconcevables du gouvernement des Etats-Unis.

Je ne vous envie pas.

Si elle ne veut pas demeurer ainsi entre le marteau et l'enclume, la France doit prendre part à ces grandes querelles. Et si le but que j'indiquais est atteint, si une forme d'équilibre et de justice est instaurée à l'échelle mondiale entre des pôles non-concurrents mais collaborant, chacun retrouvera peut-être sa bonne place chez soi, là où il peut être utile aux siens. Car c'est bien là l'important.

Pour votre temps, je n'ai donc pas de meilleure réponse à vous donner. Il vous faut espérer que la reconnaissance de la communauté musulmane de France permettra à cette dernière de se pénétrer des valeurs de la République. Cela ne sera pas simple. C'est pourquoi le sentiment et la raison m'inspirent qu'il faudra toute l'aide et la tolérance des Français non-musulmans pour y parvenir. C'est dire si ce sera dur. Votre descendance, toutefois, comprendra peut-être un tel message et il est de votre rôle de l'y préparer, si vous pouvez vous y résoudre. Voilà la grandeur de la France!

Vraiment, votre époque ne manque pas de raisons de se mettre en colère; elle ne manque donc pas de combats. Elle manque seulement de perspectives. Quand le présent est bouché, il faut regarder loin. C'est à cela que je vous invite, en regrettant de ne pouvoir préconiser une solution à un problème qui résulte d'une lente dérive qu'il aurait fallu enrayer au départ et qui dépasse la simple question de l'immigration. Les idiots qui proclamaient l'interdiction d'interdire le regretteront probablement, qui n'y sont pas pour rien. Mais moi, je ne serai plus là pour le voir.

Sincèrement à vous,

Charles de Gaulle