Churchill
       

       
         
         

Anonyme

      Cher Monsieur Charles de Gaulle,

Je viens à l'instant de parler avec Churchill. Il m'a dit que chaque fois que vous vous quittiez il ne pouvait s'empêcher de lancer une boutade sur vous à son entourage. Le savez-vous? Il est vrai que c'est dans la nature du «vieux lion» qu'il est.

 

       
         

Charles de Gaulle

      Monsieur,

J'ai trop fréquenté Sir Winston Churchill, je me suis trop souvent heurté à ce magnifique acteur pour méconnaitre le caractère volontiers railleur de son personnage. Certaines des boutades dont il était coutumier sont effectivement revenues à mes oreilles, par une source ou une autre.

Toutefois, je crois très exagéré de prétendre que ces dernières suivaient systématiquement chacune de nos rencontres. D'ailleurs, les discussions que nous conduisîmes lui et moi nous laissèrent souvent, l'un et l'autre, de fort méchante humeur. Dans ces moments-là, nous étions, me semble-t-il, davantage enclins à l'injure qu'au trait d'esprit. C'est certainement regrettable, mais ce fut ainsi: les circonstances, les menaces que ses propres alliés faisaient peser sur la France, le commandèrent.

Je vous invite à consulter les quelques mots que Sir Winston et moi avons échangés grâce à Dialogus, sur la page qui lui est consacrée, sous le titre «un homme immense». Vous constaterez ainsi qu'en dépit de leurs oppositions, qui furent nombreuses et parfois très violentes, Churchill et de Gaulle s'entretenaient dans un véritable respect mutuel, et même, je puis le dire, dans une grande amitié.

Sincèrement à vous,

Charles de Gaulle