Censure
       

       
         
         

Anonyme

      Cher Monsieur Charles de Gaulle,

Pourriez-vous, sans vous fâcher ni être désagréable comme vous l'êtes habituellement, justifier l'excès de la censure que vous appliquiez en France lors de votre Présidence? J'aurais voulu en parler avec un autre Charles, Charles X, mais il n'a pas l'air d'être là.

Très cordialement,

 

       
         

Charles de Gaulle

      Eh bien!

Certes vous et moi avons très récemment entrepris une correspondance, mais cela ne vous habilite nullement à me commander, pas plus que cela ne m'oblige à me justifier à vos yeux.

Je me fâche si je veux me fâcher, je suis désagréable s'il me prend d'être désagréable et en tout état de cause, je n'ai jamais usé de censure. Car peut-on me reprocher d'avoir souhaité inculquer aux journalistes le sens du salut public, celui de l'intérêt supérieur de la nation?

Peut-on me reprocher d'avoir considéré un jour que la place immense donnée par les journaux télévisés à la haute couture constituait une provocation pour les ouvriers?

Quant à Charles X, si c'est bien celui auquel je pense que vous évoquez, celui qui a fait dire à Chateaubriand que «l'ambition dont on n'a pas les talents est un crime», eh bien je n'ai évidemment rien de commun avec cet oiseau là. En effet, chacun mesure combien largement mes talents dépassent mes ambitions.

Charles de Gaulle