Ronan Chereau
écrit à

   


Charles de Gaulle

     
   

Cas de conscience

    Je vais vous poser une question qui risque fort de vous déranger: Imaginez que vous croisiez Hitler fin des années 20. Bien entendu, il n'a encore rien fait de mal, mais vous connaissez son avenir et ses futurs actes. Que faites-vous?

1- Vous l'abattez sur le champ

2- Vous le laissez tranquille (il n'a encore rien fait)

3- Vous essayez de discuter avec lui

4- Autre



Monsieur,

Aucune question ne me dérange. D'ailleurs, je ne suis pas rangé. Plus sérieusement, à la fin des années 20, Hitler avait déjà écrit Mein Kampf (1925) et j'ai fait partie, en France, des premiers lecteurs de ce livre. Partons donc du principe, si vous le voulez bien, qu'avant de croiser Hitler, j'avais lu son texte. Ses desseins ne m'étaient donc pas inconnus.

Que se serait-il alors passé? Nous aurions certainement eu une discussion très vive, mais je ne suis pas certain qu'elle aurait conduit à un meurtre de ma part. Je ne crois pas en effet que j'aurais mis en jeu ma carrière et mon honneur d'officier, pour débarrasser l'Europe d'un dictateur seulement putatif.

Dès 1933, toutefois, avant que le continent âte tombe de Charybde en Sylla, si j'en avais eu le pouvoir et puisque vous me posez la question, j'aurais pu trouver prudent de commanditer l'exécution du chancelier du Reich.

Mais comme je le dis souvent, l'histoire suit son cours et elle n'a qu'un lit.

Sincèrement à vous,
Charles de Gaulle