Jean
écrit à

   


Mohandas Gandhi

     
   

Que dire à ceux qui doutent?

    Maître,

Au regard de l'histoire, il est édifiant de constater comment la plupart des sociétés donne l'implicite permission de détester... Autant que d'aimer? Jésus, l'Agneau de Dieu, celui qui prônait de tendre l'autre joue, n'a-t-il pas saccagé les étals des marchands du Temple? Quand plus tard, lors de son arrestation, un de ses disciples tira une épée pour le défendre et trancha l'oreille d'un des agresseurs, le Christ condamna le geste, mais pourquoi permettre à un des siens de porter une arme?

Mahomet le Prophète proclama la zakat (l'aide aux pauvres et aux malades) et de nombreux autres préceptes de tolérance et d'amour, mais dit aussi, à propos des infidèles: «Je vais jeter l'effroi dans le coeur des mécréants. Frappez-les donc au-dessus des cous et sur tous les bouts des doigts.» (Sourate Al-Anfal, verset 12) Puis: «Et tuez-les, où que vous les rencontriez.» (Sourate Al-Baqara, verset 191)

Le Marxisme visait l'égalité et la justice pour les travailleurs, mais fut impitoyable avec les nantis. Les féministes luttent pour la noble cause des femmes, mais tout en permettant de détester les hommes au pouvoir. Les humanistes militèrent contre l'injuste pratique de la peine de mort, mais aussi en faveur de l'avortement, qui hélas supprime une vie. Jusqu'aux pacifistes qui nous permettent de détester les militaristes, la liste est longue!

Alors, je repense à ces paroles de Krishnamurti: «Le bien et le mal sont le visage d'un même monstre.» Maître, faut-il un ennemi pour être humain? Puissent vos paroles m'éclairer, que je sache quoi répondre à la prochaine personne qui me demandera s'il faut vraiment laisser vivre tout le monde...



Mon cher Jean,

Merci de votre message et de la profondeur des questions qu’il soulève. Merci aussi de votre confiance dans ma capacité de vous apporter une réponse.

L’être humain n’a pas besoin d’ennemi, il n’a pas besoin non plus de la souffrance pour grandir, contrairement à ce que certains cherchent à enseigner. En chacun de nous, nous avons la réponse à vos questions. Le registre d’unité qui accompagne les actes valables peut être ressenti par tous les êtres humains. Comme je crois l’avoir déjà signalé, les trois caractéristiques de l’acte valable sont les suivantes: il nous fait plaisir, on a envie de le reproduire et il nous procure le registre de croissance intérieure.

Le débat que vous soulevez sur l’avortement nécessiterait de plus amples développements mais je ne crois pas qu’on puisse l’opposer à la peine de mort. Il faut prendre en compte l’intentionnalité humaine et pas les discours hystériques de beaux parleurs engoncés dans leurs principes.

Quant à cette dernière question, un tant soit peu provocatrice, j’y répondrai par une autre question: qui vous donne le droit d’y répondre ou même de la poser? Le sens de la vie vous fait peut-être actuellement défaut, mais cela ne vous autorise pas à agir de façon violente envers les autres, ni envers vous-même d’ailleurs.

J’espère que ces quelques phrases vous aideront à rester sur le chemin de la non-violence et à continuer d’aider l’humanité à sortir de la préhistoire pour entrer dans une civilisation de non-violence.

Votre humble serviteur,

M.K. Gandhi