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gifuni.ca@sympatico.ca
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Très cher Gandhi
Lorsque je discute avec mes amis au sujet de la non-violence, de l'égalité et
du partage, il y en a toujours un qui dit que c'est impossible car il y aura
nécessairement des gens aux intentions violentes, supérieures et égoïstes. Je
pense qu'ils sont ainsi car ils ont eux-même subi cette violence, infériorité
ou rejet. Cependant mes amis ne croient pas en mes propos? Que leur
diriez-vous à ce sujet?
Ensuite, est-ce que la violence est nécessaire à la base pour faire changer
les choses. Même si les intentions sont bonnes et non-violentes, d'une
manière ou d'une autre, n'y aura-t-il pas toujours de la violence qui se
formera? De plus, pourquoi les gens ne font-ils des concessions qu'une fois
versé le sang d'innombrables personnes?
Salutation des plus distinguées,
Lucas Gifuni
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Mohandas
Gandhi
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Cher Lucas,
La croyance de vos amis provient d'une vision animale de l'homme. Fort de
cette croyance, ils imaginent que la nature de l'être humain est figée et que
la violence fera toujours partie de celle ci.
L'être humain est bien plus que sa nature animale, il est intention et il
peut s'approcher de la divinité en suivant les voies de l'ahimsa. La
violence, de même que la non-violence, ne fait pas partie de la nature de
l'être humain. Il s'agit d'un apprentissage social et historique. Lorsque les
modèles de violence prédominent, quand le seul modèle est la loi du plus fort
et du plus apte, alors on ne peut espérer que les individus n'aient pas de
comportements violents, supérieurs et égoïstes. Mais rien n'empêche de
commencer une campagne d'éducation à la non-violencee active pour offrir aux
générations futures une autre voie.
C'est le but de mon action que de promouvoir et démontrer que la non-violence
est une force plus grande et plus légitime que le recours à la violence.
La seule façon d'atteindre dignement un but, c'est de ne jamais perdre en
chemin la vision du plus grand bien. Aucun but ne saurait justifier des
actions violentes pour l'atteindre.
Ayez confiance dans l'intentionnalité humaine, continuez de faire votre part
non seulement en parole mais aussi dans tous vos actes et vous verrez comment
la non-violence active encourage vos proches dans cette même voie.
Votre humble serviteur,
M. K. Gandhi
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gifuni.ca@sympatico.ca
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Très cher Gandhi,
Je tiens à vous dire que j'apprécie énormément le fait que vous me répondiez.
Après avoir mûrement réfléchi à votre réponse, il y a quelques questions qui
sont venues à mon esprit. Ma première question concerne tout d'abord votre
vécu. D'après mes sources, suite à l'obtention de l'indépendance de l'Inde,
vous vouliez voir la naissance d'une Inde sans séparation entre musulmans et
hindous, où tous les peuples vivraient en harmonie. Cependant, les choses n'ont
pas tourné à votre gré. Une guerre civile éclata et qui finalement mena à la
séparation du Pakistan. J'aimerais savoir ce qui a fait que votre projet soit
tombé à l'eau, d'un point de vue historique tout autant que d'un point de vue
philosophique.
Ensuite, j'aimerais discuter de l'actualité. Sûrement que même où vous êtes,
vous avez entendu parler du terrible attentat terroriste du 11 septembre qui
a eu lui contre les États-Unis d'Amérique. On ne pouvait espérer que les
Américains resteraient de glace face à cette attaque. Leur président les a
donc menés dans une série de guerres ayant hypothétiquement un lien avec les
terroristes qui firent les attentats. Bref, où je veux en venir est qu'il est
relativement facile d'appliquer le principe de non-violence en tant
qu'individu et en suivant, comme vous le dites, les voies de l'Ahimsa.
Cependant, ceci se complexifie énormément lorsqu'on parle de relations
diplomatiques entre divers pays. Les États-Unis se devaient de réagir face à
cette attaque inacceptable. Cependant, il est, à mes yeux, évident que la
guerre n'est pas du tout la bonne réplique à cette crise car rien ne peut
justifier la violence. Si ce fait est établi, alors comment les Américains
aurait-ils dû réagir face à cette attaque? D'après moi, il y a un manque
flagrant d'imagination aujourd'hui car la guerre est un des plus vieux,
primitifs et barbares réflexes que l'on peut avoir. Pourtant, je ne pourrais
vraiment dire ce qu'il faudrait faire. Peut-être augmenter les missions de
paix et l'aide internationale? Mais ces alternatives ont des effets à long
terme... Avec toute votre sagesse, qu'en dites-vous?
Salutation des plus distinguées,
Lucas Gifuni
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Mohandas
Gandhi
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Cher Lucas,
Ce qui a manqué dans le projet
d'indépendance de l'Inde, c'est de la permanence et de la force dans le camp
de la non-violence active. Un ensemble d'éléments historiques a également
amené les divers acteurs à préférer une solution qui n'a pas permis d'éviter
les terribles événements que vous décrivez.
Je déplore terriblement cet
état de fait qui a déjà amené d'innombrables atrocités et probablement en
verra d'autres si la non-violence ne redevient pas l'instrument du progrès
commun.
Concernant les terribles
événements que vous me décrivez, je ne suis pas d'accord avec le fait que les
gouvernements ne puissent appliquer les principes de non-violence. Vous me
décrivez une guerre d'État en réponse à une guerre terroriste. Les pleurs de
leurs mères pour venger les pleurs des nôtres? Et plutôt cinq pour une car
nous valons plus que ces mécréants? Vous conviendrez que ce genre de méthode
barbare ne pourra pas aboutir à une solution.
Vous êtes également convaincu
de l'inutilité de la guerre, et les réponses que vous proposez sont le chemin
à suivre: une force de police internationale pour rechercher les coupables,
des forces d'interposition pour séparer les communautés qui sont entrées dans
un processus d'escalade.
Il faudra aussi, bien sûr,
veiller à ne pas oublier des mesures préventives comme une juste répartition
des richesses, une aide internationale pour offrir aux pays les moins
favorisés une chance de rattraper leur retard. L'équité n'est pas l'égalité
et il est important de concevoir des conditions plus favorables pour les pays
ayant de moins bons niveaux de vie lors de l'élaboration d'accords
internationaux.
Je crois que ces principes de
non-violence et de respect s'appliquent autant au niveau personnel que
national et international.
J'espère avoir répondu à vos
interrogations.
Votre humble serviteur,
M. K. Gandhi
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