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Mohandas Gandhi

     
   

Oeil pour oeil

    Bonjour M.Gandhi,

Vous avez dit un jour: «Oeil pour oeil et le monde sera aveugle». Dans cette optique, j'aimerais élaborer avec vous le thème de la vengeance à l'aide de plusieurs questions. Pourquoi l'humain a-t-il le besoin de se venger? Sans la vengeance, la guerre existerait-elle? Êtes-vous pour ou contre la peine de mort et pourquoi?

Vous avez prôné la paix durant votre vie, quelles étaient vos motivations?

En espérant que vous allez me répondre, merci d'avance.

Laurence Tremblay



Chère Laurence,

Je ne cesserai de répéter cette doctrine: «Oeil pour Oeil et le monde deviendra aveugle» que lorsque la non-violence active sera devenue la norme et non l'exception.

La vengeance n'est pas inhérente à la nature humaine. C'est une réponse mécanique, un sens provisoire pour se libérer d'une souffrance. Mais même accomplie, la vengeance n'apportera pas la paix et immédiatement la conscience, de manière mécanique, cherchera un nouvel objet pour étancher cette soif.

La Paix (celle de l'âme et non pas seulement l'état de non-guerre) ne peut s'obtenir que par la réconciliation avec son passé. Il n'y a pas de retour en arrière et un mal ne saura jamais réparer un autre mal. Qui peut justifier les larmes d'une mère par les larmes précédentes d'une autre mère!

Je ne crois pas que la vengeance soit le seul moteur de la guerre. Mais certainement l'époque qui connaîtra la fin du désir de vengeance connaîtra la fin de cette institution humaine qu'est la guerre.

La peine de mort est totalement contraire à l'esprit de l'ahimsa. Il ne peut y avoir de justification dans le fait d'exercer une telle forme de violence.

Je n'ai pas seulement prôné la paix mais la Non-Violence Active qui est le rejet de toutes formes de violence. C'est par la Non-Violence Active que l'on pourra sortir de la préhistoire humaine et entrer dans une nouvelle étape vers la Nation Humaine Universelle.

Votre humble serviteur

M. K. Gandhi




Bonjour M.Gandhi,

Merci beaucoup pour votre réponse, j'ai beaucoup apprécié. Suite à votre réponse, j'aimerais vous poser plusieurs autres questions en rapport avec ce même e-mail:
De nos jours, la violence est parfois dite nécessaire, obligatoire voir légitime, ce qui nous donne une vision positive de celle-ci. Donc, nous avons la majorité du temps une perception négative de la non-violence. De plus, puisque la violence apparaît comme la vertu de líhomme qui a le courage de prendre de très grands risques pour combattre líinjustice et défendre de grandes causes, la non-violence apparaît souvent comme la faiblesse de líhomme lâche qui se résigne à subir. Díaprès vous, faut-il plus de courage pour pratiquer la violence ou la non-violence? Est-ce que vous croyez que la lâcheté est préférable à la violence? Qu'est-ce qui vous a décidé à combattre ainsi par la non-violence?

Et finalement, êtes-vous mort satisfait du monde que vous quittiez?

Au plaisir de m'entretenir avec vous, merci d'avance,

Laurence Tremblay



Chère Laurence,

Je ne peux pas accepter de lire que la violence est nécessaire, encore moins qu'elle est légitime. Je ne vois pas non plus comment on peut avoir une vision positive de la violence. Je ne cherche pas à rejeter votre expérience car je sais que ces attitudes sont malheureusement trop courantes dans le monde.

Je sais, en effet, que les gens voient dans les personnes qui agissent par le chemin de la non-violence active des naïfs ou des pleutres, alors qu'il faut bien plus de Force intérieure pour suivre le chemin de la non-violence que celui de la violence. Laissez-moi vous donner un exemple extrême: Qui a le plus de force et de vertus? Celui qui, face aux préjudices, va tuer tous les participants d'un camp avec ses armes ou bien celui qui, calmement, au risque de sa vie qu'il a accepté en toute connaissance de cause, viendra s'interposer pour proposer une solution sans violence?

Celui qui rejette la violence ne peut pas faire preuve de lâcheté car la force morale doit être grande pour résister à la tentation de la violence. Et si, pour rester non violent, il faut s'éloigner, même en courant, alors je nommerais courage ce désengagement de la situation. Je ne dis pas, bien sûr, de laisser faire des actes monstrueux par une fuite, cas dans lequel je recommande l'interposition. Je parle de la situation où l'on veut vous faire violence à vous seul et où vous décidez de vous éloigner pour éviter de tomber dans le piège de la violence.

Ma décision vient de la compréhension profonde que la violence ne peut engendrer que de la violence et que la seule sortie possible est de s'engager de toute son âme sur le chemin de la non-violence.

Votre humble serviteur,

M. K. Gandhi