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écrit à

   


Mohandas Gandhi

     
   

Les Amérindiens

    Monsieur Gandhi,

Je me permets de citer l'original: «s'il ne reste le choix qu'entre la violence et la lâcheté, je préfère la violence». Alors cela n'aurait-il pas dû être appliqué si les colons de l'Inde avaient été les nazis?

Vous n'avez en outre pas répondu à la question de François-Xavier (comment.html) sur ce qu'auraient dû faire les Amérindiens. Je serais curieux de lire votre réponse.

Dans le courrier «Non-violence et Vérité», vous proposez de remplacer le terme «non-violence» (qui est un terme négatif envers la violence) par ahimsa afin d'utiliser une terminologie positive (du genre positif envers le pacifisme). Cependant, l'ahimsa est la négation du himsa (la violence).

Il me semble donc que vous avez rendu ce détail (gênant, pour le mode de pensée positiviste occidental) invisible plutôt que de l'avoir fait disparaître.

Cordialement,

Pascal



Cher Pascal,

Merci de votre courriel qui me permet de clarifier quelques points sur lesquels j'ai pu manquer de précision dans les divers échanges sur ce site.

Permettez-moi de resituer dans son contexte cette phrase, que j'ai effectivement dite en 1920, «Je crois vraiment que là où il n'y a que le choix entre la lâcheté et la violence, je conseillerais la violence. C'est pourquoi je préconise à ceux qui croient à la violence d'apprendre le maniement des armes. Je préférerais que l'Inde eût recours aux armes pour défendre son honneur plutôt que de la voir par lâcheté, devenir ou rester l'impuissant témoin de son propre déshonneur Mais je crois que la non-violence est infiniment supérieure à la violence, que le pardon est plus humain que le châtiment. (...) La non-violence est la loi de l'espèce humaine comme la violence est celle de la brute. L'esprit est assoupi chez la brute et celle-ci ne connaît d'autre loi que la force physique. La dignité de l'homme réclame de lui l'obéissance à une loi supérieure, - à la puissance de l'esprit»

Qu'est ce qui vous fait croire que si les colons de l'Inde avait été les Nazis le seul choix de la violence et de la lâcheté se serait imposé?

Concernant les habitants du Nouveau Monde, je vais essayer de ne pas décevoir votre curiosité même si je ne suis pas un spécialiste de ce moment historique.

Je pense qu'il est probable qu'eux-mêmes n'avaient pas les moyens de se préserver de l'extermination aux mains des colons. Je crois qu'une solution non violente n'aurait pu apparaître que depuis l'Espagne. Mais la non-violence est une direction que l'humanité est capable de choisir. Il sera nécessaire de cesser de croire que soldat est le seul «métier» capable de représenter les qualités de force, de courage, de don de soi etc. de même que le chasseur ne représente plus aujourd'hui la référence qu'il incarnait dans le passé.

Concernant la notion d'ahimsa, je suis d'accord avec vous, et je vous remercie de me permettre de clarifier mes dires.

L'ahimsa est le rejet de la violence (a: privatif; himsa: violence, nuisance). C'est pourquoi je préfère décrire ma doctrine comme: satyagraha (satya: assise et agraha: saisie) que l'on traduit généralement par «force de vérité».

Comme ce terme reste ambigu, permettez-moi de préciser que la non-violence comprend deux choses: l'abstention de toute violence et l'ensemble des moyens par lesquels, dans des situations de conflit, un ou plusieurs acteurs exercent des forces de persuasion ou de contrainte ne portant atteinte ni à la vie ni à la dignité des personnes. Il est très important de ne pas dissocier ces deux significations car l'action non violente qui n'adhère pas au principe de l'ahimsa ne serait qu'apparence. C'est ce que j'appelle duragraha.

J'espère avoir répondu à vos questions.

Votre humble serviteur,
M. K. Gandhi