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Charles Quint |
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Au Roi très chrétien, Votre Majesté aurait-elle le loisir
et le plaisir de nous expliquer certains détails de sa politique? En effet,
plusieurs de vos décisions m'ont paru assez peu sages: ainsi la première
critique que l'on pourrait vous adresser serait d'avoir réveillé les vieilles
querelles entre votre royaume et le successeur des ducs de Bourgogne.
Charles, lorsqu'il est devenu roi de Castille et d'Aragon, avait fort besoin
d'une France amie, cela lui était absolument nécessaire pour ses
communications avec les Pays-Bas. D'ailleurs, ses conseillers, monsieur de
Chièvres et Margueritte, régente des Pays-Bas, ont tout fait pour conclure
une paix durable avec vous. Or, l'histoire ne retiendra que votre manque de
clairvoyance en cette occasion. Bien plus, qu'alliez-vous faire
à vouloir obtenir la couronne impériale! Vous y avez beaucoup perdu, en
crédibilité et en moyens financiers. Il était pourtant temps d'éteindre les
querelles nées entre Armagnac et Bourgogne, perpétuées entre Louis XI et
Charles le Téméraire. La victoire magnifique de Marignan vous aurait-elle
aveuglé à ce point? Vous me rétorquerez sans doute que toutes vos tentatives
de paix avec les ennemis de la France ont été vaines: Henri VIII, malgré le
faste de l'entrevue du Drap d'Or, ne s'est-il pas jeté dans les bras du
Habsbourg? Certes, certes, mais vous avez ici une occasion unique de vous
expliquer. Enfin, ne croyez pas que je
vous en veuille sur quelque point que ce soit. En effet, vous êtes l'un des
rois de France les plus célèbres: vos châteaux, votre mécénat en faveur de la
Renaissance... J'ai eu l'honneur de visiter plusieurs de vos palais de la
Loire et j'ai à chaque fois été ébloui; il faut dire que l'on ne peut
observer de telles choses dans la pauvre région d'où je viens, le Hainaut. Et
puis, vous avez eu la plus belle phrase que l'on puisse dire lorsque l'on a
perdu: «Tout est perdu, fort l'honneur». Olivier |
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Olivier, Je comprends fort bien vos
difficultés à comprendre ma politique, il est vrai assez complexe pour les
gens de votre siècle. Pour moi, Charles Quint est un
peu trop ambitieux, trop conquérant, bien que je le sois également.
Voyez-vous, il est monarque de son héritage, moi de mes calculs politiques et
de ceux de feu ma très respectée mère. J'estime que Milan me revenait
de droit, car mes prédécesseurs étaient aussi «hantés» par l'Italie, et que
je l'avais décidé. Marguerite d'Autriche et les
autres voulaient à tout prix faire la paix, me désavantager. Marignan ne m'a
pas aveuglé, la victoire m'a relancé dans ma devise «Je défends le bien et je
détruis le mal.» En parlant d'Armagnacs et de
Bourguignons, vous remontez au temps du fol Charles VI et de la traîtresse
Isabeau de Bavière, encore plus haut que Louis XI. Les temps ont bien changé
depuis Charles le Téméraire, et je ne voulais pas perdre la face devant
Charles Quint, qui m'avait pris mes fils comme un vil personnage, qui n'a
décidément pas de coeur. Je vous passe les détails, en
vous remerciant que mes châteaux vous plaisent. Au plaisir, François, roi de France |