Leïla
écrit à

   


Claude Frollo

   


Pourquoi ce choix?

   

Bonjour Dom Claude Frollo,

J'ai lu «Notre-Dame de Paris» plusieurs fois et je ne comprends toujours pas pourquoi vous avez fait condamner Esmeralda au lieu de lui offrir l'aide dont elle aurait eu besoin. Je sais que vous lui avez proposé de venir avec vous pour la libérer du gibet, mais lorsqu'elle a refusé, pourquoi ne pas l'avoir sauvée quand même? Et pourquoi ne pas avoir demandé de l'aide à Gringoire? Il vous admirait énormément et aurait sûrement gardé ce secret. L'amour que vous lui portiez était surtout charnel, ça ne devait être qu'un fantasme. Cette bohémienne a gâché votre vie, imaginez qu'elle ne soit jamais venue danser sur le parvis. Vous ne l'auriez jamais vue, donc vous ne l'auriez jamais aimée. Le destin est parfois très cruel.

Je suis une admiratrice et j’espère que vous répondrez à mes questions.

Cordialement,

Leïla


Dame Leïla, porte de la nuit mystérieuse,

Votre lettre égarée me revient et retourne le fer dans ma plaie. Sans doute aurais-je pu être épargné, sans doute aurais-je pu continuer à vivre ma passion sublimée pour la science, si les récents événements ne s'étaient pas produits. Mais l'altération inextinguible du savant, la tension permanente que je ressens dans ma quête du Grand Oeuvre, ne portent-elles pas déjà en elles-mêmes toute la fièvre de mon corps? Et voir soudain l'Émeraude, objet de tous mes désirs, à portée de la main… Il me faut la prendre, la lier, la retenir; et qu'elle s'unisse à moi, l'or fou, dans ces noces mystiques incompréhensibles au vulgaire. Oh! l'approchement de la nuit étoilée et du feu ardent! La pénétration intime de ces deux êtres ineffables, délice de l'âme extasiée, embrasement de la chair jusqu'au plus profond de son secret!

Ne pouvoir accomplir cette conjonction nécessite de tout remettre au creuset, de briser et affiner les sentiments pour tenter à nouveau leur étreinte céleste. Voilà pourquoi, dame Leïla, orée du soir, il faut que l'Émeraude soit mienne, ou que je soumette au joug écrasant de mon exigence la pierre précieuse encore indomptée, jusqu'à ce qu'elle m'appartienne.

Ah! je n'en puis plus, tout mon corps n'est qu'un appel vers cette créature admirable, j'aspire à elle, rosée de mai, fontaine fraîche et bienfaisante, comme l'ermite brûlé de soif en plein cœur du désert.

dom Claude Frollo, archidiacre