Cris Jo
écrit à

   


Sigmund Freud

     
   

Votre avis sur Wilhelm Reich?

    Votre avis sur Wilhelm Reich? Juste pour (sa)voir...

Amicafraternellement

Cris jo



Cher Cris Jo,

Il me semble que l'on me demande souvent mon avis sur mes anciens confrères. Voudrait-on me faire comprendre que mon jugement concernant leur abandon était mal placé?

A vrai dire, je n'ai pas grand chose à vous dire à propos de ce cher Wilhelm Reich. Tout ce que je pourrais vous expliquer c'est que c'est sous mon aile qu'il a débuté dans la psychanalyse et qu'il en a très vite compris les filons. Mais, malheureusement pour lui et pour la science, il s'est très vite emporté et ses théories ont pris une ampleur déplaisante. Elles primaient beaucoup trop sur les profondeurs de la sexualité. Je parle des rapports sexuels même, pas des divers plaisirs comme j'y fais allusion lorsque j'emploie le mot sexualité. La preuve est qu'il jugeait de la névrose qu'elle était due à une frustration sexuelle et à un orgasme non établi lors des relations sexuelles. Je sais que j'ai l'habitude de généraliser mais ma façon me semble beaucoup plus correcte que la sienne.

Mais malgré cette généralisation, il y avait un aspect psychosociologique qu'il ne faut pas mettre à part et qui expliquait grandement la réaction des personnes névrosées et la base de leur traumatisme.

Pourtant, Reich n'a pas poursuivi à nos côtés, dans la psychanalyse, il a préféré s'en retirer et poursuivre ses théories sexuelles. Vous remarquerez donc que le conflit n'était pas dû à moi seul.

D’autant plus que quelques années auparavant, je l'avais nommé premier assistant à ma polyclinique psychanalytique de 1922 à 1930.

Ensuite, il s'est rallié au parti communiste en défendant grandement les juifs. Au début, je l'appuyais, mais j'ai constaté qu'il en faisait un petit peu trop. Il s'est d'ailleurs fait exiler de tous les pays où il a voulu fuir. Je pense qu'il vient de quitter l'Angleterre. Cela fait un certain temps que je n'ai plus eu de ses nouvelles. J'espère tout de même qu'un peuple l'acceptera, c'était un homme remarquable à l'époque.

En espérant avoir répondu à votre questionnement.

Bien à vous.

S. Freud



«je n'ai jamais découvert les théories psychanalytiques pour devenir riche et célèbre» (je vous cite).

Bien heureusement!!!!

Je suis tout à fait d'accord quant à la «participation financière» qu'implique une analyse digne de ce nom...

en concordance , bien sûr , avec les possibilités «pécuniaires» du (de la) «parturient¤» (sans «je» de «maux»)...

J'ai la (mal?)chance d'avoir une «culture psychanalo-analyStique» (pardon pour «l'à peu-près approximatif») qui me guide et/ou me perturbe...

Jung... Wilhelm... Lacan... and so on (comme on dit en Auvergne...)...

Et puis... «la mienne»... trop longue à exposer sur un «simpel» mail (comme on dit... etc...).

Bref... quitte à être «une lumière» comme vous, je souhaite simplement que «ma bougie» ne restât point une obscure «veilleuse»...

bien humblement (quel hippocri-â-te)

cris jo



Cher Cris Jo,

En m'excusant de ce retard de correspondance. Je partage tout à fait votre avis sur la psychanalyse, comme quoi une analyse ne finit quasiment jamais.

Pour être franc, parmi les nombreux patients que j'ai eu l'honneur d'aider, il n'y en a que très peu qui ont été soigné ou du moins qui ont fini leur analyse. Le problème est que lorsque l'on commence une analyse pour soigner un petit problème de passage, nous réveillons tous les conflits internes et tous les traumatismes qui sont nés en nous depuis notre petite enfance.

Il y a un cas dont on a parlé pendant de nombreuses années après sa première analyse. On le surnommait l'homme aux loups. Lors de sa psychanalyse, il m'avait révélé qu'il rêvait de loups qui le regardaient, perchés sur les branches d'un arbre. L'analyse fut très longue, mais nous ne trouvâmes point de réelle solution. Plusieurs de mes confrères ont voulu découvrir et aider ce cas si étrange, mais en vain.

Vous me choquez quelque peu lorsque vous dites que la psychanalyse devient une «pompe à fric». Je n'aurais jamais pensé qu'on puisse se servir d'une science humaine pour remplir les coffres-forts. Il est vrai que les séances sont chères, mais c'est dû au fait que c'est un apprentissage tellement intense et difficile, qu'il serait improbable de le faire gratuitement. Je ne sais si vous me comprenez à ce sujet, mais j'espère que vous retiendrez que je n'ai jamais découvert les théories psychanalytiques pour devenir riche et célèbre.

Bien à vous.

S. Freud



Cher Maître (parmi d'autres, rassurez-vous)...

Par ailleurs, je n'adhère pas à ce titre «pompant». Ou alors je l'écris «mettre»... ou «mètre»... «mettre» des idées «mesurées» en quelque sorte , c'est-à-dire en sachant qu'elles sont toujours ponctuelles et ne peuvent qu'évoluer , voire se contredire (sinon ce serait trop simple... il est vrai qu'«on» a «dit»: «heureux les «simples»... etc...).

À l'heure actuelle , j'aime bien cette phrase de Lacan:

«Plus nous sommes proches de la psychanalyse amusante , plus c'est la véritable psychanalyse»

(Le Séminaire , «les écrits techniques de... Freud»)... eh oui , il faut le lire pour le croire...

Vous l'avez perçu , je suis un «amusant» (amuseur et amusé)...

Fraternamicalement

cris jo



Cher Cris Jo,

C'est un véritable plaisir de vous lire, mais aussi une certaine difficulté. Vous semblez écrire comme si vous parliez et qui plus est dans un jargon de votre époque. Malgré ma difficulté, je vous appuie parfaitement. Mais quant à votre détresse face à la nouvelle psychanalyse que je partage grandement, du fait que cela devient une véritable usine à névroses, je ne peux vous conseiller qu'une chose. Faites une révolution psychanalytique! Prouvez à ces gens que ma discipline n'est point là pour vider les portefeuilles de leurs biens, mais bien les esprits de leurs maux.

De plus, vous me semblez très réfléchi et votre façon d'écrire et d'exposer vos pensées me fait étrangement penser à mes premières correspondances scientifiques où l'on me reprochait d'être trop fantasmagorique. Mais bien entendu, il y a une énorme différence entre la marginalité de mon époque et celle de la vôtre.

D'une part vous me troublez en m'apprenant que mes théories sont devenues des distributeurs d'argent facile, mais d'une autre part vous me rassurez, car si une personne, vous en l'occurrence, se rend compte de l'erreur, il reste encore de l'espoir pour l'humanité.

Avec mon plus grand respect par delà les années.

S. Freud