Dr Delvaux
écrit à

   


Sigmund Freud

     
   

Usage thérapeutique de la cocaïne

    Cher M. Freud,

J'ai lu votre ouvrage Uber Coca portant sur les nombreux aspects bénéfiques de l'utilisation de feuilles de coca pour traiter différentes névroses ou maladies et je voulais savoir si l'évocation des effets bénéfiques d'une plante considérée comme une drogue n'a pas suscité une levée de boucliers de la part des hauts magistrats et savants. La coca n'étant pas la seule plante ayant des effets thérapeutiques qui est interdite, il se voit aujourdhui dommage d'en interdire l'usage, même pour celles qui ne présentent qu'un risque faible de dépendance. Elles subissent aujourd'hui les mauvaises influences d'une prohibition acharnée au lieu de subir les louanges d'une légalisation demandée...

Avec tous mes respects,

Dr Delvaux



Cher Docteur Delvaux,

A l'époque où mon ouvrage Über Coca fut publié, c'est-à-dire en 1884, je n'avais pas encore calculé les effets de cette drogue à long terme et en grande consommation. Mes rapports qui se trouvent dans cet ouvrage ne parlent que de l'aide des propriétés analgésiques et euphorisantes de la cocaïne en petite dose.

J'avais d'ailleurs essayé moi-même le pouvoir de cette drogue en la considérant plus comme un médicament à la base. Je l'administrais à mes patients souffrant de diverses maladies non perpétuelles, comme pour venir à bout des enflures nasales. Ma fille aînée fut d'ailleurs l'une des premières à être soignée par la cocaïne.

Ce n'est que par après que je constatai qu'une dépendance survenait et empêchait le bon traitement par le fait que cela remplaçait une forme de plaisir sexuel, me prouvant que la cocaïne pouvait être encore plus forte que la morphine et qu'on en devenait toxicomane. Ce qui fut le cas de l'un de mes amis, le docteur Ernst Fleischl von Marxow qui en mourut en 1895. L'abus donc de ce remède me démontra qu’il n'en était pas réellement un. J'expliquai à ce propos, dans différentes conférences que ce que j'avais publié à l'égard de la plante de coca devait être tenu en compte avec une certaine sécurité et en très petite quantité, à cause du risque de créer une réelle toxicomanie.

Pour ce qui est de votre questionnement concernant la légalisation, le problème est qu'il faudrait que l'injection des différentes drogues soit surveillée par des médecins ou du moins des spécialistes et non commercialisable pour tout le monde. A l'heure où je vous parle, l'alcool est disponible dans le privé à grande échelle et je suppose que les drogues prennent la même place à votre époque. Je ne suis malheureusement pas spécialisé dans les drogues et je me doute que depuis l'apparition de la plante de coca, il y a eu beaucoup d'autres types et que je serais dépassé à votre époque.

Mais tout cela est un problème à caractère politique, j'en ai bien peur. Nous, méecins, n'avons plus notre mot à dire lorsqu'il s'agit du peuple entier et de son cheminement.

Bien à vous.

S. Freud