Anne-Sophie
écrit à

   


Sigmund Freud

     
   

Qui était réellement Hitler?

    Cher Freud, je vous écris car j'aimerais que vous m'apportiez votre savoir pour la réalisation d'une étude.

Cette étude porte sur la séduction d'Hitler. J'aimerai donc connaitre votre avis sur les différentes pathologies pouvant être attribuées à celui-ci. (PSYCHOSE, NEVROSE...)

Si vous n'aviez pas le temps de m'aider en développant le sujet, je comprendrai, mais vous demanderai toutefois de me fournir les quelques liens utiles en votre possession.

Avec toute mon admiration, je vous remercie d'avance

Anne-Sophie



Chère Anne-Sophie,

C'est une tâche assez difficile que vous me donnez là. Vous me demandez d'analyser mon ennemi, celui qui prône la mort plutôt que l'amour, celui qui fait reculer l'évolution au lieu de la laisser grandir dans le bon sens.

Je possède une haine étrange envers lui, je me garde de le mépriser sans réels arguments, même s'il ne faut pas énormément d'arguments pour comprendre toute haine envers Hitler.

Malheureusement, je ne pourrais réellement vous donner une analyse de ce dictateur pour la simple et bonne raison que je ne lui ai jamais adressé la parole et que ce n'est pas dans ses discours que nous pourrions tirer la moindre petite pathologie. Tout ce que je pourrais émettre ne sont que des théories.

Je vais essayer de vous les décrire:

Premièrement, vu le mépris qu'il a vis à vis des Juifs, il a dû se passer quelque chose dans son enfance qui a créé cela. Mais je ne pense pas réellement que ce soit directement envers les Juifs qu'il en veuille.

Il m'a tout l'air d'avoir eu une enfance difficile par une autorité trop importante et par une solitude extrême. Son comportement porte en tout cas à le croire. Et j'ai appris dernièrement lors d'une conversation entres hommes de science qu'il avait tenté d'entrer à l'Académie des Beaux-Arts et que ses oeuvres ne plaisaient pas. La peinture n'est-elle pas une recherche de perfection? Ne síest-il pas senti incompris? N'aurait-il pas l'envie de montrer ce à quoi ressemble le parfait pour lui?

On pourrait facilement se dire que lors de son enfance, il n'a pas souvent été très écouté et surtout très mis en évidence. Un peu rejeté, je dirais. C'est ce qui qualifierait cette envie de puissance, de domination sur les autres et ce coûte que coûte. Mais je vous rappelle bien sur que ce n'est qu'une théorie, je ne formule aucune conclusion directe.

L'envie principale d'Adolf Hitler est la perfection, la race pure. Il cherche à peaufiner l'humanité en rejetant tout ce qui pourrait gêner dans son évolution. Mais ce faisant il oublie les lois fondamentales de l'évolution. Il commence à exterminer tout ce qui lui semble être impur.

En 1933, peu après avoir pris le pouvoir en Allemagne, voilà qu'il s'attaque aux Juifs les plus connus pour donner l'exemple. Il fait d'ailleurs brûler mes livres en place publique. Mais je le remercie grandement de ne pas m'avoir fait brûler, prouvant à sa façon qu'une certaine évolution s'est faite.

Récemment, un proche m'a apporté une revue de presse nazie qui prônait les bons côtés de Hitler. Ils disaient qu'il adorait les enfants et les chiens. Je ne pense pas qu'on puisse comparer des peuples entiers aux simples enfants et aux chiens. Et puis, je suppose qu'il y a ici un complexe de supériorité. Il sait qu'il peut écraser les enfants et les dominer sans grande difficulté. Pour ce qui est des chiens, ce sont des animaux qui rendent très facilement l'affection qu'on leur porte. Je traduis par là que c'est un homme qui manque énormément de réconfort. Un homme mal-compris, un homme mal-aimé ne devient pas un sauveur mais bien un vengeur.

Je ne pourrais vous citer de pathologie proprement dite car je n'ai pas eu le plaisir de soigner cet homme. Je dis ce plaisir, car je pense que cela aurait évité beaucoup de conflits. Et puis, s'il devait en vouloir à quelqu'un, j'aurais préféré que ce soit à moi plutôt qu'à des pays entiers.

Il ne faut pas blâmer les incompris, il faut simplement tenter de les comprendre. Pour Hitler, j'aimerais dire qu'il n'est jamais trop tard, mais soyons réaliste. D'ailleurs, je doute que ma génération de découvreurs ne périsse avec une prochaine guerre, car tout porte à croire qu'une discorde éclatera bientôt et que les pays voudront se trouver je ne sais quelle paix.

En espérant vous avoir aidé.

S. Freud



Cher Freud,

Je vous remercie tout d'abord d'avoir pris le temps de me répondre. En vous lisant, je me suis toutefois rendu compte que ma question mal formulée nous avait quelque peu éloignés de mon sujet d'étude. C'est pourquoi, étant convaincue de l'intelligence de vos propos, je me permets de vous déranger une nouvelle fois avec mes questions.

Si nous abordons «la séduction d'Hitler» d'un autre point de vue que du pathologique, pouvez vous me renseigner sur ce qui, selon vous, a fait que des milliers de personnes aient suivi le «délire» haineux et meurtrier d'un seul homme? Qu'est ce qui, chez l'Homme, nous pousse à adopter des idées qui ne sont pas les n&oci rc;tres? Quelles étaient les peurs, les attentes de ce peuple qui s'est laissé tromper sans réagir, sans lutter? Notez bien que je n'oublie pas l'énorme élan de courage et la mobilisation des résistants et les risques encourus par ses personnes... Mais il faut bien admettre que les résistants n'étaient qu'une minorité...

Je vous remercie d'avance et espère pouvoir une nouvelle fois être éclairée par votre analyse ô combien intéressante.

Anne-Sophie



Très chère Anne-Sophie,

A présent je comprends mieux votre questionnement et je compte tout d'abord m'excuser de vous avoir mal comprise, car je ne vous soupçonne pas entièrement de ne pas avoir été suffisamment claire, mais j'y suis bien pour quelque chose également.

Revenons donc à cette analyse sur la séduction de Adolf Hitler. Je pense que pour commencer, il faut plutôt se baser sur le contexte proprement dit. Effectivement, bien avant janvier 1933, l'Allemagne souffrait économiquement. Vous n'êtes pas sans connaître la crise économique de 1929. Bref, le pays souffrait, les gens perdaient leurs emplois et surtout tout le monde craignait pour son avenir. Il fallait donc trouver un moyen de résoudre tout cela et bien entendu d'être réconforté. Hitler est arrivé au bon moment. Il s'est nommé héros et les gens l'ont accepté car ils en avaient besoin. Il promettait du travail, une maison et une voiture pour tout le monde, la Volkswagen, je pense.

Ses idées nazies n'avaient pas encore été révélées et c'est pourquoi les gens lui ont fait confiance. Lorsque la peur nous prend, lorsque nous craignons pour nous, nous nous sentons proches de nos confrères qui souffrent autant que nous. Les émotions nous dépassent et un certain regroupement se fait. La confiance est beaucoup plus grande et lorsque l'un des leurs s'est levé pour se proposer d'être le chef, celui qui changerait tout cela, les gens ont accepté en fermant les yeux. Une chance, il y eut quand même des personnes intelligentes qui ne se sont pas fait avoir, mais pourtant, je ne pense pas que ça ait énormément joué comme vous le dites si bien.

Mais pour revenir à sa séduction proprement dite, je dirais qu'elle va beaucoup plus loin qu'un bon moment pour se présenter. Non, Hitler possède un pouvoir de suggestion énorme.

Il faut savoir aussi que lors des élections, il ne faisait pas que jouer avec les envies du peuple en leur proposant ce qu'ils voulaient, mais aussi avec son propre charisme. Écoutez un discours d'Hitler est très étrange car on serait presque capable de s'y plier. On peut facilement associer cela à l'hypnose. Effectivement, lorsqu'on hypnotise une personne, il faut avoir un ton convaincant tout en étant rassurant et dominateur. Il faut que la personne se sente protégée tout en étant dominée. On sent dans la voix d'Adolf Hitler, qu'il sait où il va et c'est excessivement troublant.

A cette époque là, les autres partis avaient beau prévenir les gens contre ses discours, ça ne changeait rien.

Et puis, à présent que les gens se rendent compte qu'ils ont fait une erreur en votant pour Hitler, ils préfèrent se mentir à eux-même plutôt que de passer pour des idiots ou les responsables d'une telle horreur. Pour se déculpabiliser donc, ils préfèrent trouver du bon en Hitler, même l'inventer vis-à-vis des autres. Mais lorsque ça amplifiera de trop et que la souffrance sera présente, je suis sûr qu'ils reviendront sur leur jugement et se sentiront trahis par eux-même.

Mais je pense que l'impact de la séduction d'Adolf Hitler ne se verra que dans quelques années, si on arrive à en sortir. Mais je doute que ma génération survive à cet homme et au drame qu'il crée autour de lui. Je devrais dire pauvres de nous, mais je suis encore en vie et je dois donc m'en féliciter.

Bien à vous.

S. Freud