François Vermeer
écrit à

   


Sigmund Freud

     
   

Obsession?

    Professeur Freud,

Croyez-vous vraiment que le sexe se trouve dans tout? N'avez-vous plutôt jamais songé à ce que ce soit vous qui soyez malade ou quelque peu un obsédé sexuel? Il ne faut pas se voiler la face non plus...

Bien à vous... Et merci de votre réponse!



Cher François,

Sachez tout d'abord que vous n'êtes pas le premier à me poser cette question. Beaucoup sont perturbés par cette réputation qui me suit, de placer le sexe dans tout. Mais je suis encore incompris, comme la plupart du temps. Chaque fois que l'on me reproche quelque chose, c'est à cause d'une incompréhension.

Le sexe ne se trouve pas dans tout, mais tout se retrouve dans le sexe ou presque! Je m'explique.

À vrai dire, votre définition de la sexualité n'est sûrement pas la même que la mienne ou celle de quiconque. La censure des sociétés a tellement rendu le sexe tabou qu'il est presque inévitable de ne le placer qu'à un certain instant de la journée ou plus précisément dans notre intimité. Il est très rare de parler de sexualité en public ou alors on le fait à voix basse avec une personne proche. Pourtant, nous sommes tous confrontés à la sexualité et à tout âge. Et nous sommes constamment confrontés à la sexualité, autant dans notre comportement que dans nos pensées. Quand vous regardez une jolie fille, à quoi pensez-vous? Ce serait vous mentir que de répondre que vous ne pensez à rien d'autre qu'à sa beauté. Puisque vous ne regardez pas que ses yeux, c'est que vos pensées ne se focalisent pas que sur sa beauté d'esprit. Lorsque vous désirez manger un aliment précis, c'est un plaisir qui augmente comme une pulsion jusqu'à ce que vous ayez l'aliment entre vos mains. Et si on vous plaçait en face de cet aliment que vous adorez tant et qu'on vous empêche de le manger, quelle serait votre réaction? Cette envie grandirait, un peu comme une pulsion, un désir qui augmente votre envie. Mais d'où vient cette forme de désir, de plaisir? La base est dans notre sexualité, dans notre plaisir infantile.

Vous devez sûrement connaître les trois premiers stades de la sexualité infantile. Le stade oral, où l'enfant découvre son premier plaisir par la bouche. Il prend plaisir à sucer. D'abord le sein de sa mère, puis son pouce et finalement tout objet qu'il croise doit passer par sa bouche pour être goûté, en quelque sorte. Ensuite vient le stade anal, où l'enfant prend plaisir à contrôler les choses, comme le fait de se retenir à excréter. Ce plaisir va se prolonger durant toute sa vie, avec ce sentiment de contrôle et de pouvoir sur un objet, voire sur une personne. Et finalement, le stade génital qui est le plaisir personnel. L'enfant découvre son propre corps pour finalement s'intéresser à celui des autres.

Tout cela pour vous expliquer les bases de notre sexualité. Ces trois stades ne vont cesser de se perpétuer tout au long de notre vie. Ce plaisir que l'on prend à manger une glace, à conserver des photos pour contrôler ses souvenirs, à embrasser, à créer quelque chose de ses mains... tous ces plaisirs ont tous les mêmes bases. C'est pour cela que je lie principalement le plaisir à la sexualité. Mais pour que vous ne soyez pas choqué, retenez simplement que pour moi, la définition du mot sexualité est la même que le mot plaisir.

Personnellement, je pense que l'on a commencé à me critiquer lorsque j'ai appris aux gens que tout le monde pensait comme eux. Et que le sexe n'est pas une maladie, mais bien un plaisir de la vie. Alors, comme vous dites, il ne faut pas se voiler la face. Je ne pense pas qu'au sexe, mais les gens oublient que le plaisir est constamment présent. Ne prenez-vous pas du plaisir à simplement vivre? Et je ne lie pas du tout la sexualité au simple plaisir de vivre. Vous voyez, je ne suis pas tant un obsédé que vous n'êtes pudique de l'esprit.

En conclusion, le sexe n'est pas dans tout, cher François. Effectivement, on ne parle pas de sexe constamment, car le plaisir, bien qu'étant un sujet très prisé, n'en demeure pas pour autant le seul.

En espérant avoir répondu à votre questionnement,

Cordialement,

S. Freud