Musée
       

       
         
         

Jacques Picher

      Monsieur Freud,

Quel plaisir de pouvoir vous transmettre mes voeux de sagesse et d'admiration. Saviez-vous qu'on a fait un musée de votre demeure à Vienne, j'y ai passé une heure environ à me dire que c'est à cause de vous que j'ai passé six années de ma vie en analyse. Grand bien ça m'a fait, heureusement. J'ai admiré vos objets, eu un aperçu de votre vie en vidéo et je me suis acheté un crayon souvenir du musée. J'ai pensé l'offrir à mon "psy", mais non. Mon inconscient a oublié une bonne partie de vos travaux mais vous avez tracé un chemin. Ce ne serait pas par hasard le chemin le moins fréquenté??? On parle de santé mentale, expression à la mode de nos temps, qu'en pensez-vous cher Monsieur? Y aurait-il fallu qu'on baise un de nos parents pour être à l'abri de certains blocages et maladies mentales?

Ne croyiez-vous pas à la chimie du cerveau? Ma lettre peut vous paraître simpliste, n'en faites pas une analyse «please». J'aimerais tellement une réponse de vous, je crois que je l'encadrerai ou la ferai laminer (recouvrir d'un épaisse protection).

Merci grandement de votre attention, je sens que je vais très bien dormir et au plaisir de vous lire.
         
         

Sigmund Freud

      Cher Jacques,

Votre lettre me touche énormément et je vous remercie de l'affection que vous me portez et surtout de cette sorte de remerciement que vous faites envers mes théories. Je devrais également vous remercier, car par votre analyse, vous me permettez de garder espoir sur le cheminement de mes idées à travers les époques.

Je suis quelque peu effaré de constater que ma demeure que j'ai quitté, il y a quelques mois est devenue un réel musé. Cela me désole de savoir que c'est un aspect matériel que l'on tire d'une visite de mon logis et non d'un enseignement de mes idées.

J'ai toujours pensé que l'on oublierait mon visage et qu'on ne saurait plus sur quelle image placer mes théories, mais je constate que c'est plutôt l'inverse. Puisse la psychanalyse me survivre et ne pas perdre de tout ce que j'y ai apporté.

Il est tout à fait normal de parler de santé mentale puisque c'est une partie qu'il faut rendre autant sain que toute autre partie du corps. La preuve en est qu'un traumatisme vient du mot trauma qui signifie blessure en grec, alors l'association avec le mot santé est tout à fait juste.

Par contre, concernant vos propos à l'égare des parents, je ne pense pas comprendre parfaitement où vous voudriez en venir. Je pense que vous vous faites une idée parodiée de mes théories et je vous serais gré d'être plus explicite dans votre question.


Bien à vous et au plaisir de vous lire à nouveau.

S. Freud