Vincent
écrit à

   


Sigmund Freud

   


Monde virtuel

   

Cher Docteur Freud,

À notre époque, l’informatique s’est beaucoup développée au point que nous pouvons communiquer par écrit ou par voix instantanément à une personne à l’autre bout du monde.

Des mondes virtuels commencent à voir le jour, j’entends par là des jeux persistants avec des univers graphiques complets et de plus en plus réalistes, qui peuvent parfois même nous faire confondre la réalité; nous y incarnons un avatar que nous créons de la tête aux pieds, que nous faisons évoluer et qui évolue aussi en interaction avec son propre monde.

Moi-même et beaucoup de mes amis passons un temps fou devant nos ordinateurs, cela nous prend d’ailleurs la majeure partie de notre temps. Nous parlons avec nos proches ou de parfait inconnus, nous jouons avec des milliers de joueurs sur divers mondes fantastiques tirés des meilleurs livres de science-fiction, nous travaillons, et au cas où nous sommes célibataires, nous pouvons même séduire.

Je parle ici de moi-même car je pense être un exemple typique; je me rends bien compte de l’excès que je pratique, mais je n’y peux rien, c’est comme une drogue. Quand je m’asseois devant mon écran, c’est comme un soulagement. J’ai l’impression que sur cette toile qu’est l’Internet je trouverai toujours de quoi à faire, que je ne m’ennuierai jamais, que je pourrai satisfaire ma curiosité et pratiquer à travers les jeux des expériences qui ne me seront pour la plupart jamais accessibles dans la vie réelle.

Toutes ces choses dont je parle sont bien réelles pour moi, mais quelque part je sens que je gâche quelque chose, oui j’ai l’impression de gâcher ma jeunesse éphémère.

D’autre part, de plus en plus de cas de suicides se présentent, par exemple des personnes ayant perdu tout ce qu’elles possédaient dans un jeu (ce qui peut représenter parfois plusieurs mois de jeux voire plusieurs années).

Je pense que pour certaines personnes et peut-être moi-même ce monde virtuel prend parfois le pas sur le monde réel. Que pensez-vous de tout ceci, vers quoi cela peut-il nous mener, un monde sans contact physique? Cette chose existait-elle déjà à votre époque sous une forme différente?

PS: Désolé pour mon orthographe, je suis un gaucher contrarié et j’ai toujours détesté écrire à l’école. Aussi merci de ne pas divulguer mon adresse de courriel. Appelez-moi juste Vincent ou par mon pseudonyme Ryoga.