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Sigmund Freud

     
   

Le clitoris

    Bonjour Docteur,

Est-ce vrai que vous condamnez quelque part l'emploi du clitoris pour l'épanouissement sexuel d'une femme? Trouvez-vous ce petit organe trop enfantin? Il n'y a que le vagin pour donner le véritable plaisir de «femme adulte» à une femme?

Pensez-vous qu'il vaudrait mieux changer l'éducation de nos enfants pour qu'un jour le monde finisse de chercher la solution du moindre problème chez les psychanalystes, psychologues etc.?

Sans avoir aucune intention de douter de votre science (comment pourrais-je puisque vous devez avoir fait beaucoup de recherches pour aboutir à vos déclarations) je crois que le meilleur moyen pour évoluer et acquérir notre véritable «Moi», c'est la spiritualité. La trouvez-vous très proche de la psychanalyse?

Vous voyez, j'ai l'impression qu'on se fait construire un monde faux autour de nous, plein de complexes et de doutes et puis un beau jour on décide de tout changer à travers la psychanalyse. Et c'est si injuste, si fatigant, si difficile et parfois impossible.

Je croirais plutôt au culte de l'âme à travers l'esprit. Pour une santé globale et plus stable. Un véritable mode de vie, mais cultivé autrement.
Qu'en pensez-vous?

Je vous remercie de votre temps.
Respectueusement,
Angélique

Chère Angélique,

D'où me sortez-vous ces pensées si étranges? Pourquoi condamnerais-je le plaisir clitoricien alors que j'ai toujours prêché le plaisir sexuel, même par la masturbation. D'ailleurs je suis tout à fait contre l'excision. Je trouve que c'est la mort d'une part de soi. Priver la femme d'un plaisir tel que celui-ci est une privation de pulsion qui ne peut mener qu'à une éternelle frustration.

Il n'y a pas d'éducation ultime ou absolue. Je n'ai jamais dit que la meilleure façon de soigner les enfants était la prévention psychanalytique. Quoi que nous fassions, nous serons toujours victimes d'un quelconque traumatisme bénin ou pas, et le simple fait de le résoudre nous permet d'avancer beaucoup plus que si nous ne souffrions de rien. Je ne veux pas dire par là que les plus névrosés guéris s'en sortent mieux que les moins souffrants, mais il ne faut pas croire que la psychanalyse soigne par après pour avoir constamment des patients et ainsi ne pas disparaître. Nous ne sommes ni des machines, ni des plantes, nos chemins sont faits de centaines de pierres différentes, il ne faut pas chercher à les ranger mais bien à trouver le meilleur moyen d'arriver au bout du chemin sans tomber.

Votre pensée concernant l'évolution de la vie est très proche des théories Jungienne et je vous préviens tout de suite que je ne les appuie pas. La spiritualité dans son sens ésothérique ne peut être liée à la psychanalyse. Nous parlons avant tout de science. Mais pour ce qui est de votre avis concernant le fait que nous créons notre vie d'une certaine façon que nous en souffrirons plus tard, l'homme traîne avec lui ce sadisme qui lui procure tant de plaisirs autant que de martyrs.

Cordialement.
Sigm. Freud

Bonjour Docteur,

Je vous remercie de votre reponse aussi rapide. Cela fait plaisir. Vous me parlez de la théorie de Jung, mais je ne sais point vous répondre là-dessus. Je n'ai pas étudié véritablement la psychologie ou psychanalyse et je me demande si mes pensées pourraient appartenir à une théorie psychanalytique quelconque.

Pourtant, il vaut mieux discuter certains soucis avec le Père de la Psychanalyse (si on a la possibilité) qu'avec un autre.

Pourriez-vous me dire ce que vous pensez d'une jeune femme qui a du mal à exprimer ses sentiments? Au niveau des actes, comme des mots d'amour. Je veux préciser que je parle bien de la relation amoureuse. Pourquoi elle se sent parfois ridicule en osant exprimer le moindre acte d'amour? Et ce sont notamment les actes dits du «paraître» dont je parle. C'est-a-dire, un baiser spontané, l'expression du désir envers l'être aimé, etc.

Vous voyez je mets entre guillemets le mot «aimé», car je sais bien que le véritable amour ne repose pas sur le «paraître». Mais, c'est ce dernier qui prend le dessus, la plupart des fois, dans une relation. Et puis, je sais bien que ce que l'on appelle amour n'est assez souvent que cette envie primitive de satisfaire ses besoins, physiques notamment. Sont-elles très nombreuses les personnes qui considèrent l'être aimé comme elles-mêmes? Je me le demande... Et est-ce vraiment possible?

Je serais très honorée si vous me faisiez part de vos pensées sur mes questionnements.

Respectueusement,
Angelique

Chère Angélique,

Lorsque vous invoquez l'amour du paraître et le paraître dans l'amour, vous êtes tout à fait dans le bon. L'un des désirs premiers de la séduction est bel est bien soi. On veut plaire pour se plaire. C'est avant tout pour renforcer notre égo, notre narcissisme que nous apprécions être désirés et donc plaire à l'autre. L'amour s'appuie sur la satisfaction des pulsions d'autoconservation. La femme que vous citez ne souffre en rien de ces difficultés dont vous me parlez, elle vit simplement l'amour. Moi-même, j'étais un grand timide et j'ai dû prendre mon courage à deux mains pour oser prendre la main de ma bien-aimée Martha.

La pulsion qui nous mène jusqu'à l'autre nous bloque quelques fois et nous empêche d'avoir cette franchise dont l'amour ne dispose pas à son grand bonheur. Tout cela se cultive, chère Angélique, et ce serait dommage qu'il n'y ait pas cette si charmante difficulté.

Je vous invite également à discerner le désir et l'amour véritable. Une femme ne peut aimer un homme qu'elle désire et ne peut désirer un homme qu'elle aime. C'est un respect qui se rapproche d'une certaine façon des liens parents-enfants que nous retrouvons dès le plus jeune âge.

Cordialement.

Prof. Dr. Sigm. Freud