Anonyme
écrit à

   


Sigmund Freud

     
   

La psychologie devient une passion pour moi, mais pourquoi?

    Je me permets de vous poser une question personnelle, à laquelle vous n'êtes bien sûr pas obligé de répondre. Était-ce besoin de le dire? Non bien sûr, mais cela va mieux en le disant.

Je me demandais si vous aviez souffert de névroses, de troubles psychiques qui vous ont conduit à pouvoir entrer justement dans cet état de compréhension envers les personnes qui vivent des troubles psychologiques.

Est-ce qu'un psy qui n'a jamais souffert de troubles névrotiques peut être un bon psy? Ou tout simplement, pour être psy, est-ce que le fait d'avoir été névrosé est un atout, ou alors mieux vaut avoir été «normal» toute sa vie durant.

Ce sont des questions que je me pose car j'avais pris une orientation professionnelle dans l'informatique, bien éloignée des rapports humains. Et, après une succession d'événements, j'ai fait une dépression, qui s'est étalée dans le temps, je suis descendu très très bas. Pour m'en sortir et comprendre, j'ai commencé par lire de nombreux ouvrages de psychologie pour le grand public. Ensuite, j'ai fait une analyse, puis une psychothérapie, et je me rends compte que c'est réellement une direction vers laquelle j'ai envie de m'orienter. Je me suis trouvé une passion. Au bout de 27 ans... Mais le fait d'avoir vécu cette dépression, de n'en être pas encore totalement sorti, puis-je avoir le recul nécessaire pour entreprendre ces études de psychologie dans lesquelles je me lance l'année prochaine?

Est-ce pour moi ou pour les autres que je veux faire cela? Je dirais pour moi et pour les autres. Car maintenant que j'ai connu l'intensité du mal psychologique, j'aimerais pouvoir aider des personnes qui le vivent comme on l'a fait pour moi. Et en comprenant les autres, en les écoutant, je crois mieux me comprendre aussi.

Étrangement, je ressens cette envie d'apprendre la psychologie comme un besoin, comme une vocation. Je n'avais jamais ressenti cela avant. Je n'ai jamais été passionné par autre chose que cela. C'est une des seules choses de ma vie que j'entreprends vraiment par moi-même, et que je désire vraiment. Mais ce que j'ai vécu, et que je vis encore serait-il, à votre avis, plutôt un frein ou un moteur?

Par avance merci. J'aimerais tellement apprendre votre travail, et peut-être même le continuer...

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Je viens de me rendre compte que je ne vous ai pas donné mon identité, car je ne voudrais pas que mon adresse mail figure dans vos pages. Je voudrais pour l'occasion me faire appeler PassionnéDoncEnVie. J'espère que cela ne vous posera pas de problème.

Je vous remercie, et vous souhaite bonne continuation.



Cher PassionnéDoncEnVie,

Tout d'abord, je dois vous dire que votre lettre me touche beaucoup. Vous semblez avoir une telle foi, si je puis dire, en la psychanalyse que j'en suis honoré.

Je tâcherai de répondre à chacune de vos questions dans l'ordre.

Tout d'abord, pour vous éclairer sur ma personne et les évènements qui ont fait que je suis devenu psychanalyste, je vous expliquerai ceci: chaque personne souffre de névrose. Car une névrose se caractérise simplement par une peur, un conflit intérieur, un cauchemar perpétuel ou autres phobies. Nous vivons tous des moments durs dans notre vie qui font que nous en craignons l'avenir ou que nous doutons de nos propres capacités. Nous nous plongeons dans un questionnement qui nous affaiblit mais finit tout de même par nous rendre plus fort.

Tout au long de ma vie, j'ai senti plusieurs névroses me suivre. La guerre m'a énormément choqué et je me questionne encore à présent sur ce ressentiment de l'homme par rapport à la violence et à la mort. J'ai soigné une partie de ces névroses, de ces questionnements ou conflits, par mes ouvrages et mes études sur le sujet.

Et pour revenir à une seconde question que vous me posiez, ce n'est pas que pour me comprendre que je suis parti à la conquête de l'inconscient, mais bien pour tenter de discerner la pensée de l'homme et ses buts. Je sentais que la psychanalyse aiderait l'humanité à avancer. Je ne sais à présent si elle fut réellement utile, mais un certain progrès s'est fait en l'homme. Il se mettait à douter de lui et de ses pouvoirs inconscients, le forçant à se remettre en question. Ce qui est une très bonne chose pour son avenir.

Par rapport à vos études et votre envie de poursuivre le cheminement de la psychologie, je ne peux que vous encourager. Mais dans cet encouragement, je vais tout de même vous mettre en garde. Comme un père le ferait à son fils qui s'en va cueillir le bout du monde.

Il y a dans cet apprentissage un risque. Tout d'abord, la psychologie ou la psychanalyse ne nous intéresse au début que parce qu'elle nous touche. Nous arrivons à comprendre un peu mieux notre comportement, nous arrivons à nous trouver une place, une sorte de personnalité. Quand nous découvrons qu'une science peut nous faire découvrir et nous révéler nos questionnements sur nous-même, nous nous y plongeons comme dans une mer turquoise. Et puis, nous finissons par vouloir analyser nos proches et à créer des caractéristiques pour chacun. Mais cela, ce n'est qu'au début. Par après, une réelle facette de la psychologie se révèle et nous fait encore plus rêver. Alors, n'ayez crainte de faire ces études parce que vous voulez en savoir plus sur vous-même et puisque vous voulez aider les autres, ces études sont faites pour vous. Je serais prêt à supposer que vous avez déjà joué le rôle d'oreille pour un proche. Écouter et donner des conseils sont les principaux atouts d'un psychologue. Le seul grand risque durant les premières années d'études en psychologie est de se perdre dans la spirale du questionnement de soi. Puisque vous en apprendrez beaucoup sur la personnalité et les comportements, vous ne pourrez vous empêcher de vous auto-analyser, ne tombez pas dans ce cercle vicieux ou alors sortez en très vite.

J'espère que mes conseils vous seront utiles et je tâcherai d'être là pour tout autre questionnement. Je vous souhaite d'avance bon courage et bonne chance pour votre avenir. Nous n'en avons qu'un, prenez en soin.

Cordialement

S. Freud