Inconscient collectif
       

       
         
         

Sébastien Molière

      Monsieur Freud

Je profite de votre revival pour vous poser une question qui m'a trotté dans la tête plusieurs jours encore après la lecture de votre "Introduction à la psychanalyse".

En effet, vous faites allusion dans votre chapitre intitulé «Symbolisme dans le rêve» à un inconscient collectif: d'après vous, un grand nombre de symboles, largement présents dans les rêves, sont connus par tous les hommes (et femmes). Je me permets de vous demander quand s'est passée cette élaboration symbolique, si elle fait partie d'un "patrimoine universel" ou si ces symboles sont élaborés chez chaque être humain, suivant des processus identiques à tous?

Veuillez agréer l'expression de mes sentiments les plus distingués,

Sébastien Molière
         
         

Sigmund Freud

      Chers Messieurs !*

Mon grand âge me permet certes d'avoir une meilleure vue d'ensemble de tout ce que j'ai pu accomplir, mais il m'impose aussi la fatigue du poids des années, qui ne me laisse pas de forces pour m'exprimer largement.

Je ne peux certainement pas, ni je ne veux, vous résumer toute mon oeuvre! Pensez-vous: des études sur l'hystérie à Moïse et la religion, en passant par L'Interprétation des rêves!! Je peux néanmoins vous rappeler les éléments essentiels de la psychanalyse: l'importance déterminante de la vie sexuelle, la reconnaissance de l'inconscient, la découverte du complexe d'Oedipe, du refoulement, du retour du refoulé et du transfert. Je les expose d'ailleurs dans ma "Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique". Vous pouvez bien faire l'effort de vous y reporter!

Je ne connais pas d'expérience le canabis. Je peux néanmoins vous exprimer mes regrets d'avoir induit un de mes amis dans l'usage de la cocaïne. La sexualité s'épanouit le mieux lorsqu'elle obéit aux buts de la reproduction, même si nous devons reconnaître l'importance de ses variations.

Quant au symbolisme, s'il est important de reconnaître leur caractère philogénétique, nous ne devons pas oublier leur caractère ontogénétique. Le langage s'apprend et se transmet, même si chacun en fait un usage individuel. Si j'ai écrit Les mots d'esprit et leur rapport à l'inconscient, c'était bien pour le montrer.

Je ne sais pas quoi vous dire des artistes. Votre paresse me surprend! J'ai écris sur la Gradiva, de Jensen; j'ai écrit sur Dostoïevsky; j'ai écrit sur Leonardo De Vinci et sur Michel-Ange. Un homme ne peut tout de même pas tout faire et ce n'est certainement pas dans mon état actuel que je m'y essaierais.

Je vous souhaite de la santé et de l'énergie, parallèlement à votre curiosité!

Vôtre,

Prof. Dr. Sigmund Freud

*Le docteur Freud étant quelque peu souffrant depuis quelques jours, il répond dans cette même lettre aux quatre dernières questions qui lui ont été posées. (S.D.)