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Bonjour Monsieur Freud,
Voici mon questionnement: j'ai mis au monde deux enfants, c'est probablement
ma plus belle réussite. Aujourd'hui, à 41 ans, je me pose
encore cette question: pourquoi est-ce que je ne ressens pas cette fibre
maternelle en moi? Mes enfants ne sont pas sans importance dans mon
coeur, mais je n'ai jamais été capable de vraiment prendre
mes responsabilités de mère; je ne les ai pas élevés,
car la simple pensée de vivre avec eux me fait peur. J'ai l'impression
que cela vient de ma propre enfance et cet aspect, je l'ai déjà
beaucoup travaillé en thérapie, mais je n'arrive pas à
ressentir cette urgence normale que les parents ont envers leurs enfants
de leur être disponible et de combler leurs besoins. Je ne ressens
même pas moi-même un lien familial avec mes parents, c'est
comme si j'étais née seule. Alors, quand ma fille, qui
a 17 ans, cherche à se rapprocher de moi et me demande même
si elle pourrait vivre avec moi... ça me dit en dedans: oh, non!
pas capable. Suis-je une personne égoïste tout simplement...
Chère Manon,
Mes problèmes de santé m'ont empêché de poursuivre ma correspondance
pendant un certain temps, j'espère que vous comprendrez. À présent me
revoici prêt à répondre à votre questionnement.
Tout d'abord, vous êtes loin d'être égoïste en n'acceptant pas de suivre
les conventions de la fibre maternelle. Vous me parlez de vos enfants
comme d'un réel trésor, cela prouve bien que vous ne les négligez pas tant
que ça, du moins en amour. Pour ce qui est de la responsabilité, vous
faites partie de ces personnes qui ne s'en sentent tout simplement pas
capables. Ce n'est pas un malheur, de plus vous n'êtes pas le seul parent
normalement. Même si dans la plupart des cas, ce sont les pères qui
n'arrivent pas à prendre conscience de leur rôle et de son importance, il
arrive bien souvent que ce soit l'inverse. N'ayez crainte, vos enfants
n'en souffriront pas pour autant si vous les aimez comme il se doit.
Votre impression sur la cause de cette difficulté est bonne, cela ne peut
venir que de votre enfance et de vos rapports avec vos parents. La plupart
du temps, les parents offrent ce qu'ils n'ont pas reçu et inversement,
même si c'est plus rare.
Je ne vais pas m'avancer dans mon analyse, car je ne possède que trop peu
d'éléments pour vous répondre. Si vous pouviez m'indiquer quels étaient
vos rapports avec vos parents, et peut-être m'en dire plus sur vos enfants
et sur votre propre couple. J'espère que je ne vous en demande pas trop;
si jamais vous vous sentez oppressée, n'hésitez pas à me le signaler.
J'essaye simplement de récupérer le retard que j'ai pris lors de mes
soins.
En espérant avoir de vos nouvelles rapidement.
Cordialement.
S. Freud |