Geoffrey
écrit à

   


Sigmund Freud

     
   

Désir de connaître

   

Cher Monsieur Freud,

Sachez tout d'abord que je vous témoigne ma plus grande fascination quant à vos découvertes et écrits si merveilleusement communiqués. Vous êtes ma source d'inspiration en matière d'intelligence et d'expression, je ne puis m'empêcher de vous lire jusqu'à la fatigue totale de mes yeux. Je pense que si vous étiez encore des nôtres aujourd'hui, j'aurais tout fait pour prendre contact avec vous et vous écouter parler pendant des heures. Je regrette tellement de ne pas avoir vécu dans la même époque que vous.

Je suis actuellement des études en psychologie et désirerais poursuivre dans ce domaine, ayant pour but la psychologie clinique. Je pense que, pour réussir dans ce métier, il faut avoir la personnalité adéquate, à savoir une forte empathie et le désir de connaître l'Homme aussi bien dans ses excès pathologiques que dans sa santé d'esprit.

Il se trouve que je bénéficie de ces qualités et j'aimerais donc attirer votre attention sur un fait assez étrange: tous les jours, je traverse la Gare pour me rendre à mes cours, et je vois de temps en temps un homme d'apparence assez corpulente, habillé correctement, demandant à tous ceux qui passent à proximité de lui, de lui cracher dessus. J'ai entendu également de manière indirecte qu'il éprouverait un certain plaisir à cet acte.

Je m'adresse à vous car j'avais autrefois tenté d'en approcher le sujet sur un forum de psychologie, mais certains m'ont répondu que le problème venait de moi, que si je le regardais, je devais surtout me poser des questions sur moi-même. Chose dont vous devez vous douter, je n'ai pas répondu avec sympathie. Je considère qu'ils font fausse route du début à la fin, n'importe quel regard se retrouve attiré vers quelque chose hors du commun et à portée de vue, que ce soit une explosion, un accident de voiture etc. J'ignore la psychologie de votre temps, mais comme vous pouvez le constater aujourd'hui, la personnalité de l'analyste a une influence plus que directe sur l'art et la manière d'analyse de vos prochains. J'ose ajouter également qu'avec les connaissances que vous avez, vous ne pouvez vous empêcher de faire une petite analyse rapide dans votre tête lorsqu'un cas pathologique vient à votre perception visuelle ou auditive.

Pour en revenir au problème de ce pauvre homme, je pense que son comportement a un lien direct avec son passé. Que cet homme a fait quelque chose qu'il n'a pas aimé, et qui par conséquent s'est fait rejeter, et qu'il continue à se l'exprimer à lui-même indirectement en se faisant cracher dessus. Je pense donc que son acte ne se limite pas au simple fait de se faire cracher dessus.

Qu'en est-il de votre pensée à ce sujet?

Merci beaucoup d'avance,

Avec ma plus grande admiration,

Geoffrey.


Cher Geoffrey,

Tout d'abord, j'aimerais m'excuser pour l'attente de ma réponse. Je devais subir quelques soins médicaux et j'ai pu prendre le temps de vous répondre.

Votre acte me touche beaucoup. J'ai toujours prôné la bienfaisance de l'altruisme. Aider son prochain est plus glorifiant que toute chose.

De plus, je comprends votre désarroi face à cet homme, qui doit être renforcé par le fait que vous vous sentiez impuissant face à cela. Vous aimeriez agir pour aider ce pauvre homme, mais vous ne savez pas comment faire et cela devient presque une quête. J'ai connu cela aussi et cela m'a mené où je suis à présent. Lorsque j'étais encore étudiant, je suivais des séminaires sur l'hystérie. Les cas semblaient incurables, mais je voulais pourtant percer ce secret. J'étais persuadé qu'il y avait un moyen de guérir ces jeunes femmes. Les mois ont passé et c'est avec mon apprentissage dans plusieurs villes et auprès d'éminents scientifiques que j'ai réussi à trouver une solution pour ces hystériques.

Je ne veux point dire par là qu'il vous faudra attendre longtemps avant de pouvoir faire quelque chose pour cet homme, mais si vous voulez réellement l'aider, considérez-le avant tout comme un homme. La prochaine fois que vous le croiserez, ne le regardez pas comme s'il était différent, n'agissez pas comme si c'était un animal blessé. Tout trouble psychotique est un glissement en dehors de la société humaine, c'est pourquoi il faut que vous lui montriez qu'il est tout à fait le bienvenu. Offrez-lui un verre, allez discuter avec lui. Mais en aucun cas, ne le traitez pas comme un homme inférieur à vous.

J'espère que mon conseil portera ses fruits, si votre analyse de la situation varie, j'aimerais que vous me teniez au courant.

Cordialement

S. Freud