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Kristina 
écrit à
Élisabeth de France
Élisabeth de France


Votre entourage et votre vie à la cour


    Chère Princesse,

Comment allez-vous depuis mon dernier courrier? Personnellement, je vais beaucoup mieux et j'ose espérer que pour vous ce n'est pas trop pénible.

Je voudrais que vous me parliez que votre vie à la cour de Versailles. Que faisiez-vous de vos journées? Quels étaient vos lieux favoris à Versailles? Qui étaient vos amis à la cour? Aviez-vous des dames d'honneur, médecins et femmes de chambre à votre disposition, comme la plupart des princesses de sang? Que sont-ils tous devenus?

La semaine prochaine, je fêterai mes dix-sept ans et je compte les fêter à Versailles. Je penserai très fort à vous.

Je vous embrasse,
Kristina



Bien le bonjour chère Kristina,
 
Je vais essayer de faire appel à mes souvenirs pour vous éclairer sur mon existence à Versailles.
 
En 1775, je me suis retrouvée seule dans l'appartement des enfants de France après le mariage de ma sœur, madame Clotilde. L'appartement des enfants de France se trouvait alors au premier étage de l'aile des princes ou du Midi vers l'orangerie. Pendant trois ans encore, je suis restée sous la responsabilité de la gouvernante des enfants de France, Marie-Louise de Rohan Soubise, comtesse de Marsan et de la gouvernante en survivance, Victoire de Rohan Soubise, princesse de Guéménée.

Le dix-sept mai 1778, âgée de quatorze ans, je fus remise au roi par la princesse de Guéménée. On souhaita alors me faire entrer dans le monde des adultes pour jouer désormais un rôle officiel à la cour de France.

On songea alors à un éventuel mariage. Il y eut plusieurs prétendants: l'infant du Portugal, le duc d'Aoste, frère cadet du roi de Sardaigne, ou Joseph de Lorraine, le frère de la reine Marie-Antoinette, mais au final rien n'aboutit.

L'autre raison évoquée est le besoin de libérer l'appartement des enfants de France pour y accueillir les futurs enfants du couple royal.

Mon changement de statut à l'époque nécessita effectivement l'établissement d'une nouvelle maison princière dont voici les personnes les plus importantes:
Dame d'honneur: madame la comtesse Diane de Polignac, belle-sœur de l'amie de ma belle-sœur, la reine; personne très médisante dont je me méfiais; dame d'Atours.
Madame la marquise de Serent; huit dames pour m'accompagner, dont ma chère amie la marquise de Bombelles. Monsieur l'Abbé Madier, mon confesseur. Parallèlement, de nombreuses autres personnes furent à mon service.

En 1780, je dus quitter ces appartements pour les laisser à madame de Lamballe, surintendante de la maison de la reine Marie-Antoinette. On me choisit alors un appartement voisin, superbement placé et ensoleillé, situé au premier étage de l'aile des princes, dans le pavillon extrême qui donnait sur le vide de la «petite orangerie» et la pièce d'eau des Suisses. Cet appartement se trouvait placé juste au-dessus de l'appartement des enfants de France où je logeais depuis ma naissance.

Dans ces nouveaux décors, je fus contrainte, comme mes tantes, de m'adapter au quotidien monotone d'une princesse de France. Je dus subir des journées réglées par l'étiquette, interrompues par de rares distractions, entre autres faire ma toilette et manger en public, changer plusieurs fois par jour de robes et de grand habit, m'amuser sans joie à des bals et divertissements réglés d'avance, «faire ma cour» quotidiennement à la reine et au roi, recevoir toutes les visites, dont celles des ambassadeurs, ce qui n'était pas toujours fort passionnant pour une jeune fille de mon âge.

Mes premières distractions furent, dès que j'appris à monter à cheval, de régulières et saines promenades équestres tous les matins, des heures studieuses à étudier avec différents maîtres ou à travailler manuellement. J'aimais travailler, entre autres, à des ouvrages de mains qui faisaient l'admiration des visiteurs. On me reconnaissait un certain talent dans ce domaine.

La vie à la cour était faite d'intrigues, nul n'y échappait, pas même les membres de la famille royale. Malgré mon jeune âge, je réussis à éviter les divers pièges, ce qui fit dire à mon frère avec justesse que je savais nettement ce que j'aimais, ce que je détestais, mais personne n'en souffrait parce que personne ne devait en souffrir. Cependant, je ne fus jamais austère comme ma sœur ou mes tantes, ni retirée comme les comtesses de Provence et d'Artois. Mon salon était en fait le plus joyeux de Versailles! Ce sont surtout mes lettres –que j'envoyais à mes amis– qui révèlent la profondeur de ma pitié, mon élévation morale, et mon devoir.
 
Quant à savoir ce que sont devenus tous ces gens qui composaient ma maison, cela fait bien longtemps que je suis coupée du dehors pour savoir ce qu'ils sont devenus. J'espère pour eux qu'en ces jours d'extrême péril, ils sont en sécurité.

Bien à vous,
Elisabeth de France



Chère Élisabeth,
 
Un grand merci pour ce récit sur votre vie et votre entourage à Versailles.
 
Je vous embrasse,

Kristina



Je suis heureuse que vous ayez passé un moment agréable en lisant ma missive.

Cordialement vôtre,

Élisabeth de France



Chère princesse,
 
Quel est votre lieu favori à Versailles? Après avoir passé la journée en ces lieux, je dois avouer que tout est magnifique et que j'aurais aimé y vivre. La chambre de la reine est particulièrement belle, je dois l'avouer, et les jardins également.
 
Bien à vous,

Kristina
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