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Très chère Élisabeth de France,
Je vous écris à nouveau car j'aimerais
savoir ce que vous pensez de vos belles-soeurs et comment étaient vos
relations.
Parmi Marie-Antoinette, la comtesse de Provence et la comtesse
d'Artois, avec laquelle étiez-vous le plus et le moins proche? Que pensiez-vous
de chacune d'elles?
Appréciez-vous Marie-Antoinette ou cela fut-il le
contraire?
Vous avez beaucoup aimé les enfants de Marie-Antoinette,
aimiez-vous autant les enfants de la comtesse d'Artois?
Je trouve dommage
que la comtesse de Provence n'ait jamais eu d'enfant et d'ailleurs je ne
comprends pas trop pourquoi. Qu'en pensez-vous?
Je vous
embrasse,
Kristina
Bonjour chère Kristina,
Je n'ai pas beaucoup de commentaires à faire sur
mes rapports avec mes belles-soeurs. Bien que vivant à Versailles, nous avions
chacune nos maisons et nos obligations. Je n'étais pas à cette époque intime
avec une en particulier. Je respectais la reine, qui a toujours fait preuve
d'amabilité envers moi, et le temps des malheurs venu, malgré nos divergences de
points de vus, nous avons été beaucoup plus proches et soudées.
Mes
belles-soeurs Provence et d'Artois vivaient chacune de leurs côtés. Je n'ai
jamais eu personnellement à me plaindre d'elles; leurs jalousies se portant
plutôt sur la reine surtout en ce qui concerne la comtesse de Provence, qui la
jugeait peu digne d'être reine de France.
Le ménage de mon frère Provence
n'était pas heureux et chacun vivait de son côté, ne se côtoyant que dans des
occasions officielles.
En ce qui concerne les enfants de mon frère
d'Artois, je ne les ai approchés qu'à Versailles et, par conséquent, ils étaient
moins proches de moi, l'étiquette nous imposant certaines contraintes et
distances.
Voilà, ma chère Kristina, j'espère que vous au moins vous
portez bien, je me sens lasse, ne m'étant pas alimentée depuis plusieurs heures
et ayant prié toute la nuit avant d'affronter le Tribunal.
Bien à
vous,
Madame Élisabeth
Chère Élisabeth
Je vous remercie, Madame, pour cette
réponse.
Merci également de vous soucier de ma personne alors que vos
soucis sont bien plus grands. Je vous rassure, pour moi la vie n'est pas
toujours rose, mais ce n'est rien comparé à ce que vous vivez. Mais dîtes-moi,
pourquoi ne mangez-vous pas? Est-ce qu'on vous prive de nourriture et vous
maltraite-t-on? Si c'est le cas, c'est scandaleux et monstrueux!
Je vous
embrasse,
Kristina
Chère Kristina,
Merci de votre intérêt pour ma personne. Mon départ du
Temple s’est effectué en pleine nuit. Peu importent désormais les nourritures
terrestres, c’est de nourriture spirituelle que je vais avoir besoin très
bientôt.
Affectueuses pensées,
Élisabeth
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