| |
|
Votre Grâce,
Avant de mourir, notre reine bien-aimée Marie-Antoinette
vous a écrit une lettre que les révolutionnaires ne vous ont jamais remise.
Fidèle sujet de la reine et à l’abri de ces scélérats de Robespierre et
d’Hébert, je souhaiterais vous la transmettre.
«C’est à vous ma sœur, que
j’écris pour la dernière fois. Je viens d’être condamnée, non pas à une mort
honteuse, elle ne l’est que pour les criminels, mais à aller rejoindre mon mari.
Comme lui innocente, j’espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers
moments. Je suis calme comme on l’est quand la conscience ne reproche rien. Je
pardonne à tous mes ennemis le mal qu’ils m’ont fait. J’avais des amis. Le fait
de les quitter pour toujours et leur peine sont un des plus grands regrets que
j’emporte en mourant. Qu’ils sachent au moins que jusqu’au dernier moment, j’ai
pensé à eux. Je vous demande pardon de toutes les peines qu’involontairement,
j’aurais pu vous causer. Je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que ces pauvres
et chers enfants. Mon Dieu, qu’il est déchirant de les quitter pour toujours.
Adieu. Adieu.»
J’espère que cette lettre, bien qu’elle vous rappelle la mort de
notre infortunée reine, saura vous apporter un peu de
réconfort. Je trouve monstrueux de détourner une lettre
d’une personne à une autre, surtout lorsque cette personne fait
ses adieux à ceux qu’elle aime. Je vous admire
énormément pour votre courage et votre
fidélité à votre famille. On voit que, comme la
princesse de Lamballe, vous êtes une vraie princesse. Je vous
admire aussi pour votre grande bonté. Vous en avez eu jadis pour
Jeanne de La Motte, même si sa cupidité et son ingratitude
ont non seulement entraîné la reine au fond du gouffre,
mais encore contribué à renverser la monarchie par
l’affaire du collier. Elle vous a donc salie également par la
même occasion. Je suis écœurée que cette femme ait
réussi à s’évader de la Salpétrière
et à émigrer à Londres. Vous rendez-vous compte
que, trois fois, le scandale de l’affaire du collier aurait pu
être évité! Si le roi Louis XV n’était pas
mort avant l’achèvement du collier, il aurait pu l’offrir
à madame du Barry. De plus, madame du Barry avait les moyens de
l’acheter elle-même en sortant du couvent de Pont-aux-Dames. Si
la reine avait accepté le collier, le scandale aurait
peut-être pu être évité, même si je
sais que si la reine avait refusé, c’est parce qu’elle avait
compris qu’elle devait freiner ses dépenses. Je sais que ce
refus a dû lui coûter. Qui n’aurait pas voulu d’une telle
splendeur? En ce qui me concerne, je le trouve magnifique mais un peu
trop grand. Je préfère les petits colliers ras du cou en
tissu comme en portait souvent la reine lorsqu’elle était
dauphine.
Sachez aussi que, bien que la République ait été proclamée en
1792 et que le petit Louis-Charles ait été déchu de son titre, pour moi, il est
le roi Louis XVII.
Respectueusement,
Flore
ndlr: le contenu de cette lettre est incomplet. Vous trouvez la version intégrale en cliquant sur le lien suivant:
http://www.memorialdefrance.org/marieantoinette.php
Merci à vous de cette délicate attention. Me trouvant actuellement sur le point
d’être jugée par ces monstres, je peux imaginer la souffrance qu’a dû éprouver
ma chère sœur au moment de m’envoyer cette missive! Hélas, je ne pourrai plus
veiller sur ces malheureux enfants car je n’ai aucune illusion sur la parodie de
procès qui m’attend.
Recevez mes sincères remerciements pour votre
délicate attention.
Elizabeth de France |