Élodie
écrit à

Élisabeth de France
| Chère Élisabeth de France, Je m'intéresse à vous car j'aime bien votre histoire et j'aime bien comment vous répondez aux questions que les personnes vous posent sur Dialogus. Je sais que vous avez été orpheline et que c'est votre frère qui s'est occupé de vous. Je sais aussi que vous ne vouliez pas vous marier, préférant rester auprès de votre famille. Vous avez été victime de la Révolution Française et avez été en prison avec votre famille. Voici mes questions:pourquoi avez-vous été emprisonnée? Étiez-vous triste quand vous avez su que vous alliez devenir orpheline? En quoi avez-vous remercié votre frère de s'être occupé de vous? Pourquoi ne vouliez-vous pas vous marier? Alors, qu'a dit le juge du tribunal? À quel âge êtes-vous morte? Quel âge auriez-vous cette année? Aujourd'hui, j'aimerais vous poser une question indiscrète et j'espère que vous pardonnerez ma curiosité. Je sais qu'au cours de votre vie, vous avez toujours refusé de vous marier pour pouvoir rester auprès de votre famille; mais n'avez-vous jamais été amoureuse de quelqu'un? Quelles qualités devait avoir un homme pour que vous puissiez l'aimer? Bien à vous, Amicalement, Élodie Chère Élodie, Vous me demandez pourquoi je suis en prison et je dois vous avouer que c'est bien la question que je me pose également. Mais peut-on attendre une réponse raisonnable de la part des monstres qui ont assassiné mon frère? Pour ce qui est de mon enfance, je n'ai guère de souvenirs du temps où j'ai perdu mon père et je ne garde que de très vagues souvenirs de ma mère. Ce que j'en sais m'a surtout été rapporté par mes frères et j'ai toujours porté une affection toute particulière à mon frère aîné parce qu'il a pris grand soin de moi en sachant être aussi le père qui me manquait. Même si je lui devais obéissance parce qu'il était roi, j'étais d'autant plus attachée à le respecter et à le satisfaire en reconnaissance de ce qu'il avait fait pour moi. Vous comprendrez donc que je n'ai pas balancé quand il s'est trouvé en difficulté et que je n'ai jamais pu penser l'abandonner un seul instant. Si je ne me suis pas mariée, c'est que personne n'a souhaité m'épouser. En ai-je du regret? Non, aucunement, et je rends grâce à Dieu de m'avoir épargné ce sort car c'est sans doute l'état que je redoutais le plus. En restant à Versailles, j'étais libre de mener une existence conforme à mes souhaits. Pour ce qui regarde les sentiments, c'est autre chose; il s'agit d'une question qui n'a finalement que peu de rapports avec le mariage. Je n'étais pas insensible, Élodie, loin de là, et je garde notamment de délicieux souvenirs du temps que j'ai passé avec le docteur Dacy qui m'a fait découvrir les joies de l'herborisation. Si j'avais pu mener la vie d'une simple particulière, j'aurais aimé être l'épouse d'un homme tel que lui. Des qualités, il en a de nombreuses. Il est très instruit, a beaucoup d'esprit et sa sensibilité est très vive. Il est doux et patient et il était l'un des seuls à connaître le secret pour calmer mon impétueux caractère en me faisant sourire. J'espère de tout cœur qu'il se porte bien aujourd'hui. Je recevrai avec plaisir de vos nouvelles, Élodie. Élisabeth |