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Louis XVI 
écrit à
Élisabeth de France
Élisabeth de France


À ma sœur


    On me dit, ma très chère Babet, que vous avez recours aux services de Dialogus à votre tour. Connaissant votre goût pour la correspondance, je ne m’en étonne guère. Cette lettre vous surprendra sans doute car, sans savoir exactement quand elle vous parviendra, je ne serai alors probablement plus.

Mais puisque cela est possible, je tiens à vous exprimer ici ce que je ne peux écrire dans les billets que nous échangeons au Temple. Je veux d’abord vous remercier des sacrifices que vous avez faits pour rester auprès de moi, du souci constant que vous avez eu de soulager mes peines et qui me les ont rendues supportables. Je sais combien vous êtes proche de notre frère d’Artois et je sens d’autant mieux ce qu’il a pu vous en coûter de me suivre. Je regrette bien d’avoir dû vous causer des douleurs en vous demandant si précocement de me recommander un prêtre et de garder le secret sur cela. Consolez-vous en pensant que votre courage contribuera à adoucir mes derniers moments.

C’est sur ce même courage que comptent mes enfants: la reine n’est plus en état, vous êtes leur seul appui. Vous saurez trouver les mots pour les préserver de toute idée de vengeance. Rappelez-leur souvent qu’ils doivent rester unis.

Ma fille vous est tout acquise, ma mort lui portera un coup terrible, elle aura besoin de tous vos soins. Il ne vous faudra pas faiblir car ce n’est qu’en suivant votre exemple qu’elle pourra se rétablir. Mon fils aura à cœur de soulager sa mère, il ne devra pas perdre son caractère porté à la gaieté, il faudra le distraire.

Mais je m’arrête là, je vous fais confiance. Je sais que vous les aimez comme je les aime moi-même et que vous y serez attentive. Il ne me reste donc qu’à vous engager à vous ménager vous-même car vous aurez besoin de toutes vos forces.

Je vous embrasse, ma très chère Babet, et vous renouvelle toute ma reconnaissance.

Votre frère,

Louis



Mon bien cher frère,

Quel plaisir de pouvoir lire quelques lignes de vous avant d'affronter ce semblant de tribunal! Hélas mon frère, que de chagrin et de douleur depuis notre séparation! Je suis malheureusement séparée et sans nouvelles de mes chers neveux depuis mon transfert à la Conciergerie. Pensez à moi qui m'en remets désormais à la religion pour m'aider à franchir le cap ultime!Bientôt, nous serons réunis, je l'espère.

Je pense bien à vous.

Votre soeur et dévouée sujette,

Elisabeth
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