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Anaïs 
écrit à
Élisabeth de France
Élisabeth de France


Admiration


   

Très chère Elisabeth,

Permettez-moi tout d'abord de vous souhaiter la bienvenue sur Dialogus. Vous êtes pour moi un modèle de gentillesse, de bonté, de générosité. Plus qu'une princesse de sang, vous êtes une princesse de coeur et si la révolution vous a enlevé vos titres, elle n'a pu toucher à votre bon fond. Pendant des années, vous avez été la bienfaitrice des habitants de Montreuil. Vous avez montré vos qualités de coeur en distribuant de la nourriture aux enfants et aux personnes dans le besoin, en rendant visite aux personnes malades accompagnée d'un médecin pour les soigner.

Comment a-t-on pu vous rabaisser de la sorte après tous vos gestes d'amour et de générosité? Peut-être parce que vous avez montré votre fidélité à votre frère, à votre famille. Vous auriez pu quitter la France dès le début de la révolution en suivant vos tantes ou votre frère le comte d'Artois. Au lieu de cela, vous êtes demeurée pour soutenir le roi, Marie-Antoinette et leurs enfants. Quelle noblesse d'âme!

J'ai su également que le 20 juin 1792, une foule a envahi le palais des Tuileries avec l'intention de tuer la reine. Lors de cette journée, vous avez assisté votre frère et manqué de vous faire assassiner, des forcenés vous ayant prise pour Marie-Antoinette. Vous vous seriez sacrifiée pour la sauver. J'aimerais savoir chère princesse, si seul l'amour que vous portez à vos proches vous donne une telle force?

Concernant votre famille, vous n'avez pas connu votre père, décédé lorsque vous étiez au berceau. Quels souvenirs avez-vous de votre mère Marie-Josèphe de Saxe et de votre grand mère Marie Leszynska? Est-ce votre frère aîné Louis-Auguste qui vous a servi de père ou est-ce votre grand-père le feu Louis XV?

Sachez que je vous admire énormément et que j'ai pour vous beaucoup d'estime et d'affection.

Mes amitiés,

Anaïs



Très chère Anaïs,

En premier lieu, merci pour votre charmant accueil et vos propos élogieux à mon égard qui m'apporte bien du réconfort dans un monde devenu si hostile et haineux.

Je n'ai jamais eu l'impression de faire quelque chose d'exceptionnel en donnant de mon temps et de mes soins aux plus démunis. Effectivement durant mes séjours dans ma résidence de Montreuil, mon portier avait pour consigne de ne jamais renvoyer les personnes démunies et je préparais moi-même des médicaments et pommades pour les blessures et distribuais moi-même les légumes de mon jardin. Cela m'a toujours paru la moindre des choses à nous que Dieu a comblés de faveurs d'en faire bénéficier les pauvres gens.

Quant à quitter mon frère le Roi et sa famille, il n'en fut jamais question bien que le moment des adieux au départ de mon frère Artois fut très dur à vivre car je lui ai toujours été très attaché. On m'a depuis assez reproché notre correspondance! J'ai effectivement perdu mon père l'année suivant ma naissance. Ma mère Marie Josèphe de Saxe trouvait que je lui ressemblais au physique ainsi que dans mon caractère qui je l'avoue était assez colérique étant enfant. Elle décéda toutefois rapidement après mon père et dans les années qui ont suivi, elle m'a bien manqué!

Ma grand-mère, la Reine Marie Leszczyńska, qui devait décéder l'année de mes 4 ans, avait été si bafouée par son époux qu'elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle m'inspirait de la crainte car elle était très stricte sur le protocole.

Effectivement, mon frère a veillé sur ma sécurité matérielle mais il était lui-même soumis à tant de responsabilités... Ma soeur Clotilde et moi avons été confiées aux soins de la stricte et revêche comtesse de Marsan à qui j'ai causé bien des soucis! Que tout cela me ramène à des temps si heureux!

Merci, chère Anaïs, de m'avoir apporté un peu de consolation avant d'affronter ces juges qui je le pressens, seront sans pitié.

Elizabeth de France
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