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Chère Mademoiselle Frank,
Je vous trouve si belle, pleine de vie et si passionnante!
Oh comme j'ai été triste lorsque j'ai lu votre journal. Je savais dès
le départ que cela finirait mal mais c'est comme si lire et en quelque
sorte vivre votre quotidien chaque jour avait pour réaction de
continuer d'espérer que la fin change, que vous restiez en vie, que
vous en profitiez, que vous deveniez une vieille femme ayant tant de
souvenirs!
Je donnerais bien un bout de ma vie pour que vous puissiez vivre la vôtre.
Vous avez le regard le plus souriant que j'aie jamais vu!
Que votre bonne étoile vous garde Mademoiselle Anne! Parce que sur
cette terre des milliers de personnes vous aiment et vous regrettent.
Vous n'êtes pas oubliée, Anne, et vous ne le serez jamais!
Grosses bises d'une fille qui aurait voulu être votre soeur,
Jackie
Bonjour Jackie,
Tous vos compliments me vont droit au coeur, vraiment. Je suis très
flattée que vous parliez si élogieusement de mon regard, car ici pas le
moindre miroir pour faire la coquette (mais il vaut peut-être mieux que
je ne voies pas ma tête actuelle, parce que ma dernière coupe, faite au
camp, ne doit pas être très hollywoodienne!) et mes compagnons à
Westerbork ont autre chose en tête que de me faire des compliments.
Je suis étonnée que vous disiez que mon journal finisse mal, puisque je
n'ai plus écrit dedans depuis le premier août. Mais cela peut vouloir
dire que je le terminerai? Vous me donnez une idée: quand je sortirai
d'ici, je le réécrirai comme un roman, et il faudrait, oui ce serait
mieux, que l'histoire se termine mal, car c'est ce qui est arrivé le
plus souvent aux autres juifs pendant cette guerre. C'est sans doute
sous cette forme que vous l'avez lu.
Permettez-moi de vous embrasser! Votre lettre m'a fait deux grands plaisirs!
Anne M. Frank
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