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Chère Anne,
Je suis heureux de pouvoir
m'adresser à toi. Je m'appelle Alexandre et j'ai quinze ans.
J'aimerais, comme toi, écrire un livre ou du moins avoir un métier
littéraire. J'ai d'ailleurs lu ton journal qui me permet de me faire
une idée plus précise sur ton époque.
J'ai une question à
propos de tes parents: pourquoi as-tu toujours été plus proche de Pim
(si tu me permets d'appeler ton père comme ça) que de ta mère?
Salue ta soeur et les autres prisonniers du camp de ma part. Courage!
Bien à toi,
Alexandre
Cher Alexandre,
Actuellement je me sens très proche de maman. Je passe beaucoup de
temps avec elle et avec Margot, puisque nous sommes séparées des hommes
une bonne partie de la journée. Je profite au maximum de leur présence,
on peut dire que nous sommes collées les unes aux autres, toutes les
trois, et qu'on s'adore.
J'ai donc un peu de mal à retrouver mes motifs d'exaspération à l'égard
de maman à l'Annexe. D'ailleurs si je n'avais pas tant écrit là-dessus
dans mon journal, tout cela aurait disparu de ma mémoire comme neige au
soleil! Il y a eu des moments ou Margot et Pim m'ont énervée aussi, et
je dois avouer -à ma grande honte d'un côté, mais d'un autre je me dis
que c'est un âge à passer- que j'ai eu je ne sais combien de périodes
où «personne ne me comprend alors personne ne m'aime vraiment!». Dans
ce cas-là, tu en veux à la personne qui te connaît trop bien et qui te
traite encore comme sa petite fille et en même temps te demande de te
conduire comme une grande fille... ou parfois l'inverse!
C'est à dire que ma mère ne me «ratait» pas non plus, en tant que
femme! Une fille supporte peut-être mieux le jugement de son père,
parce qu'il ne sait pas non plus, aussi bien que sa mère, ce qu'est
d'être une femme. Il ne la perce pas à jour aussi bien! Est-ce qu'un
garçon comprend ça? Même avec Peter je n'en ai pas vraiment discuté, il
trouve maman super, de toute façon.
Pour finir je dirais aussi que je me sentais coupable de ne pas vouloir
la même vie que maman, de refuser d'être comme elle, et que ça me
rendait agressive. Mais j'ai grandi, je sais que personne ne me le
demande, je ne suis pas ma mère, et je ne suis pas «traître» non plus
de ne pas vouloir être comme elle. Alors je n'ai pas à lui en vouloir,
mais à bénéficier de ce qu'elle est pour moi. Je ne serai pas comme
elle avec mes enfants, mais ça ne veut pas dire que je serai une
mauvaise mère, j'aurai un autre style, voilà tout!
Et voilà! Bien à toi, Alexandre!
Anne
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