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Ma petite Anne,
Ne sois pas surprise si je te tutoie et que je te nomme
par ton prénom alors que nous nous sommes hélas jamais croisés: je t'écris du
futur, je suis un papa, juif comme toi, d'une fillette de douze ans qui te
ressemble étonnamment.
Les gens de mon temps m'en voudront de te dire que
les lignes de ton journal ne m'ont personnellement pas excessivement intéressé.
Mais ton écriture est merveilleuse, ton style est celui d'une femme de lettres
que tu dois espérer devenir quand tu seras sortie de cette sale guerre. Sois
courageuse, petite fille, tu survivras aux lâches criminels qui t'ont tirée de
l'Annexe et jetée dans le camp de transit où tu séjournes actuellement. Reste
surtout proche de ta grande soeur Margot, de ta maman et de ton papa Otto qui
veillent sur toi. Blottis-toi auprès d'eux, mon petit ange, et rêve au bel
avenir qui t'est promis. Et si la réalité que ces fous de nazis te font vivre
est trop dure, n'hésite pas à dormir et à te réfugier dans tes jolis rêves,
fillette de mon coeur, fillette du coeur de tous les Juifs, fillette du coeur de
l'humanité !
Ton ami, Loiz.
Monsieur,
J'ai montré votre lettre à toute ma famille, et aussi à Peter. Nous
vous en sommes tous infiniment reconnaissants; quel bonheur de recevoir
un message pareil ici!
Vous avez illuminé notre journée, et aussi, quoiqu'il arrive par la
suite, allumé une petite lampe dans nos coeurs qui ne s'éteindra pas.
Merci, avec beaucoup de bonheur.
Annelies-Marie Frank
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