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L'espoir? |
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| Chère
Mademoiselle, Je devais avoir votre âge lorsque je vous ai rencontrée pour la première fois, par la lecture de votre journal. Aujourd'hui je suis adulte et mère, et lorsque je pense à vous, j'ai envie de vous embrasser, de vous serrer sur mon coeur et de vous protéger... Je pense parfois à toutes les mères qui se sont retrouvées dans la situation de la vôtre... il y a soixante ans ou tout récemment, puisque dans des pays pas si éloignés, on a pratiqué et on pratique encore ce genre d'horreurs! Je me suis parfois demandé comment il était possible de vivre dans l'Annexe -et de vivre tout court- avec la peur au ventre, continuellement, et si vos parents et vous-même avez jusqu'à la fin conservé l'espoir de vous en sortir. Quelles ont pu être vos pensées lorsque vous êtes arrivée «à destination»? Avec toute mon affection, Laurence Westerbork Kamp, 12 août 1944 Chère Anne, Merci de m'avoir répondu si rapidement. Pardonnez ma curiosité, mais comment êtes-vous au courant de la gifle qu'ont prise les Allemands au cours du Débarquement? Est-ce que ce sont les nouvelles venues au camp qui transmettent les nouvelles du monde? Et que faites-vous toute la journée dans cet endroit marécageux? Je crois que vous avez réussi à ne pas être séparée de votre soeur (Margot, si je me souviens bien car je n'ai pas lu votre Journal depuis vingt ans)? Avez-vous une idée de l'endroit où sont vos parents? Pensez-vous parfois à ce que vous aimeriez faire plus tard? Affectueusement, Laurence Chère Laurence, Je ne sais pas si les Allemands ont pris des gifles au cours du débarquement, je ne connais pas en tout cas cette expression, mais nous sommes tous au courant, bien sûr. Nous avions la radio dans l'Annexe. Je me souviens (et je l'ai consignée dans mon journal le jour même, cela je me le rappelle parfaitement!) de la formule de la radio anglaise, à midi: «This is D-Day!». La BBC a donné ensuite des nouvelles détaillées tout au long de la journée, et tous les jours suivants. C'était il y a deux mois, une semaine avant mon quinzième anniversaire. Fin juin le moral allait encore mieux quand nous avons appris que Cherbourg, Vitebsk et Slobin étaient tombés (le 27, je crois). À Cherbourg, cinq généraux allemands faits prisonniers et deux tués, quand même! D'après Pim et Monsieur Van Daan, nous serons certainement libres le 10 octobre. Nous ne sommes à Westerbork que depuis le 8 août, mais même ici il y a encore des nouvelles, vous n'imaginez pas tout ce qui peut se trafiquer dans un camp! En fait le sol du camp lui même a été drainé, mais autour les marécages demeurent et c'est de là que viennent tous ces moustiques. Vous ne pouviez pas le savoir, ce n'est pas écrit dans mon journal, il est resté à l'Annexe. Je ne suis pas avec Margot seulement mais aussi tous les huit clandestins. Messieurs Kleiman et Kugler ont été arrêtés avec nous, mais ils ne nous ont pas accompagnés à Westerbork, car le camp est réservé aux juifs. Les hommes et les femmes dorment dans des bâtiments séparés: nous n'avons pas eu droit au regroupement familial car nous appartenons à la catégorie des juifs «criminels» pour nous être cachés. Nous avons le droit de nous voir à partir de la fin de l'après-midi et le soir. Toute la journée est assez bien occupée (ne serait-ce que par le temps passé à faire la queue devant les robinets!), nous avons retrouvé des amis, et dès cinq heures du matin il faut être à l'atelier de démontage de piles électriques. Pim essaye de me faire engager au cuisines où le travail est moins pénible, mais sans succès jusqu'à présent. En ce qui concerne mon futur métier, je suis plus que jamais décidée à devenir journaliste et écrivain. Bien à vous, Annelies Marie Frank |
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