tictac59
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Anne Frank
Anne Frank




   

La guerre

    Bonjour,

Je suis une élève de troisième et, au programme, nous avons la seconde guerre mondiale. Certes, nous avons parlé du nombre de morts, des camps, des horreurs, mais rien ne vaut un témoignage vécu et les notions seules ne veulent rien dire.

Aussi je veux te poser des questions. Lorsque tu as su que tu allais être emmenée, comment as-tu réagi? Je n'ai pas lu ton journal malheureusement, lacune que je vais bientôt combler. Mais cela te faisait-il souffrir de te relire? Arrivais-tu à supporter de te cacher tout le temps et d'être toujours enfermée? Peux-tu en quelques mots me décrire la vie dans les camps?

Éprouvais-tu de la haine envers Hitler, responsable des horreurs de cette guerre?

Voilà

tictac59



Bonjour Alice,

Si tu peux lire mon journal alors fais-le pour moi: je ne peux pas te dire si cela me ferait de la peine ou non de le relire, il a été répandu sur le sol de notre Annexe, sous mes yeux, quand les hommes qui nous ont arrêtés ont vidé la vieille serviette de papa où je le rangeais, pour y fourrer tous nos bijoux et les emporter. J'en bous encore de rage, qu'est-ce qu'il me manque, ce journal!

Sur le coup remarque, je n'ai rien pu dire, j'étais pétrifiée, mon coeur s'était arrêté, je ne pouvais que me répéter: «Ce n'est pas possible... Ce n'est pas possible...» alors que j'avais imaginé et cauchemardé cette arrestation je ne sais combien de fois. Après... j'étais presque contente de marcher dans la rue puis de revoir le ciel en grand, et la campagne, dans le train qui nous amenait à Westerborg. C'est te dire comment j'avais bien supporté d'être enfermée les deux années précédentes: je me sentais enfin libre, et heureuse d'être sortie de la clandestinité! Et bien sûr que je hais Hitler et tous ces fous, mais ils n'en ont plus pour longtemps, maintenant.

Ici, on ne vit pas si mal, en fait, ce n'est pas un de ces camps de la mort dont on parle. Je continue à voir toute ma famille, c'est l'essentiel. Quand à notre vie quotidienne, on en a vite fait le tour:quand nous ne travaillons pas au recyclage des piles (enfin, nous, les femmes, c'est un travail dégoûtant en fait, mais nous nous payons de bonnes crise de fou-rire), nous faisons tout notre possible pour passer des moments entre ex-clandestins. Je vois beaucoup Peter. Le reste du temps est entièrement consacré à ces exploits épiques et philosophiques que sont toutes les attentes pour la moindre nourriture ou un peu de décrassage. Mais les Américains approchent, à moi bientôt le savon parfumé à la rose cent fois plus gros que le minuscule bout que je cache bien serré dans ma main gauche en t'écrivant sur mon genou tandis que j'attends pour ma minuscule toilette, que j'ai l'ambition de pratiquer encore quotidiennement...

Bien à toi,

Anne