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Chère Anne Frank,
Bonjour, je m'appelle Thibault Nury, j'ai dix-sept ans et je voudrais te poser certaines questions à propos de toi.
Si jamais un jour tu sortais de «l'Annexe» comme tu le dis si bien, que ferais-tu de ton journal? Que ferais-tu à notre époque?
Ah,
connais-tu une certaine Helen Keller? Elle est sourde, aveugle et
muette, elle a écrit un livre et je suis sûr que ça te plairait beaucoup.
Avec toutes mes affections,
Thibault Nury
Bonjour Thibault,
Ta lettre m'a touchée, je te trouve très sympathique. J'ai entendu
parler moi aussi d'Helen Keller et de son association pour les
aveugles, et puis j'ai lu son autobiographie, c'est une femme et une
histoire extraordinaires!
En ce qui me concerne, je ne suis plus à l'Annexe, tu sais, mais à
Westerborg, lis ma lettre d'acceptation, tu en sauras davantage. En ce
qui concerne ton époque, si j'ai bien compris de quelle année tu
m'écris, je serai peut-être morte, et sûrement à la retraite en tout
cas: ta lettre date du 13 juin 2006, le lendemain de l'anniversaire de
mes soixante dix-sept ans! J'y pense, je serai donc sûrement morte; sur
Dialogus on ne peut pas communiquer à travers le temps avec des
personnes vivantes. Je pense simplement que devenue vieille j'aurai
continué à lire (pour mon plaisir) et peut-être encore écrire car c'est
je crois ma vraie vocation!
Justement, en ce qui concerne le Journal –et si je le retrouve–
j'ai l'intention de le communiquer aux services de notre ministre
Bolkestein, depuis que celui-ci a annoncé à la radio qu'il nous
faudrait conserver les témoignages privés du temps de la guerre pour
les faire publier. J'ai commencé d'ailleurs à le retravailler. J'ai
aussi un projet de roman sur la vie à l'Annexe, (toujours si je
retrouve mon journal) et la suite, notre arrestation et le camp, sauf
que je ne pourrai m'appuyer que sur mes souvenirs: ici il n'y a pas
assez de papier pour tenir régulièrement un journal. Quand j'arrive à
en détourner un peu, c'est pour répondre à mes correspondants de
Dialogus.
Bien à toi,
Anne
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