Lettre d'acceptation
d'Anne Frank
à l'Éditrice
        Anne Frank

       
         
         

Anne Frank

     

Westerbork Kamp, août 1944

Chère Madame Guélikos,

Voilà, c'est arrivé. Nous avons été dénoncés.

À quelque chose malheur est bon: ici, au camp d'internement de Westerbork, je revois la lumière du jour, le soleil. Nous sommes tous ensemble et c'est l'essentiel. Les Alliés ont débarqué depuis plus de deux mois, alors nous espérons être libérés bientôt!

Je n'ai plus mon journal, toutes mes feuilles et mes cahiers tapissaient le sol de l'Annexe quand nous sommes partis! Mais grâce aux gens du futur avec qui je correspondais il y a deux ans sur «Dialogus», je sais que ce journal ne sera pas perdu, pas plus que mes Contes.

Voilà pourquoi j'ai pensé reprendre cette correspondance. D'abord il faut que je continue à écrire pour témoigner. Ensuite, maintenant que j'ai mûri et que je réfléchis davantage, je voudrais renouer le contact avec ces amis de Dialogus qui appréciaient mon journal et voulaient comprendre le passé. Enfin, pour «Anne l'orgueilleuse», il est exaltant de savoir que dans votre futur de paix elle est, morte ou vivante, un écrivain, un vrai!

Tout de même, je préfèrerais qu'on s'abstienne de me parler encore de ma mort! Je ne veux pas lire un mot là-dessus, donc je ne répondrai même pas à ceux qui me feront de méchantes prédictions! Je n'en crois rien, je ne veux pas savoir, et je veux espérer; voilà, c'est comme ça! Avant la guerre, madame Goslar, la mère de mon amie Hannah, disait: «Dieu sait tout, mais Anne en sait davantage!» alors vous voyez...

Bien cordialement à vous, ma chère première éditrice!

Anneliese Marie Frank