Les trois contes
       

       
         
         

Amélie

      Cher Gustave,

J'ai une charmante question pour vous au sujet de vos Trois Contes. J'aimerais savoir, pour chacun d'eux, ils sont la métaphore de quoi? C'est, à ce qu'il paraît, la question de départ pour une bonne critique.

J'attends de vos nouvelles.

 

       
         

Gustave Flaubert

      Croisset, août 1874

Madame,

Vous me plongez dans un abîme de perplexité. J'apprends par Monsieur l'Éditeur que j'écrirai ces trois contes dans deux ans! Certes, j'ai dans mes carnets certaines notes et plusieurs ébauches de nombreux romans et contes. J'ai déjà écrit des choses sur Saint Julien l'Hospitalier. Mais qu'écrirai-je l'an prochain, demain? Cette diablerie de machine qu'est «Dialogus» me permettrait de demander à Monsieur l'Éditeur de me parler de mon propre futur... Mais, s'il vous plaît, épargnez-moi ce supplice philosophique!

Cependant, vous cherchez la métaphore d'un texte, une excellente manière, dites-vous, d'aborder sa compréhension. La métaphore n'est qu'un outil pour l'artiste, son but doit être d'atteindre la Vérité par son Art. Il n'y a pas d'autre but à l'Art, en réalité. Étudier la métaphore pour elle-même n'a guère plus de sens qu'étudier la truelle pour comprendre l'édifice de l'architecte. Une métaphore, dans l'úuvre, doit être rigoureuse et juste d'un bout à l'autre de la création de l'artiste, pour atteindre à la Vérité.

Espérant, du moins, que mes «futurs» contes vous aient plu,

Je demeure vôtre,

Gustave Flaubert.