| | | Cher Léo Ferré,
Cette chanson, «Tu ne dis jamais rien», est celle de
mon premier amour, ma première fois, mon entrée dans la vie de l'Autre. À
l'époque, c'est moi qui ne disais jamais rien, et j'ai espéré souvent qu'en
écoutant cette chanson, mon amour comprenne qui j'étais.
Alors, Léo,
aimez-vous le silence?
Bien à vous,
Gena
Gena,
Je ne dis jamais rien. Ou alors je repose mon silence et je parle à
n'importe qui. Aux silencieux, aux solitaires, à ceux de ma marge, aux couleurs
et à l'illusion, à toi et à cette chanson. Je suis l'amant du silence, j'en fais
ma compagne géométrique, mon lit ouvert. Et le silence crie. Comme font les
étoiles et les amants tristes. Comme mes animaux à leur dernier souffle, comme
cette femme dans son instant couturé de plaisir.
J'aime le silence. Le
silence, c'est moi quand je vis vraiment, quand je me retrouve avec mes mots et
avec mes notes, sur mes chemins, avec les arbres. J'essaie de rivaliser. Le
silence est une méthode. Il ne faut pas en dire plus.
Je vous
embrasse,
Léo |