| Mireille Carpentier | ||
| Ça sert à quoi un artiste? | ||
| Un artiste, pour moi, est une personne qui voit plus loin qu'elle-même;
l'artiste, le vrai, est celui qui peut aider à voir des évènements; l'artiste
peut lire entre les lignes, il ressent des ondes souvent sans savoir vraiment
d'où ça vient, qui le pousse à créer, souvent sans savoir ce qu'il fait: une
force le pousse à créer et le résultat final est souvent impressionnant, parfois
troublant et mystérieux. «Nous sommes tous des artistes», dites-vous... non, vraiment... ou alors on fourre dans le mot toutes les balivernes, toutes les fadaises du monde. Si être artiste c'est avoir quelques talents, si c'est accorder des couleurs, des mots ou des notes, tout le monde est artiste. Et ce monde bancal craque d'artistes. Chaque jour on a sa nouvelle étoile, l'artiste de demain, la postérité façon marbre. Quelle fumisterie! L'artiste réduit à un progrès de détergent. Croyez-moi: il y a très peu d'artistes. Le mot s'est dévalué, il ne vaut pas trois sous, quelques centimes de rien du tout. Dans la chanson on pénètre à peine dans des salles qu'on est déjà dehors emportés par des courants d'airs, insupportés de voix asthéniques et de mots boiteux. L'artiste est d'ailleurs, il n'est pas enfoulé, un verre à la main dans des cocktails aberrants. Il est seul, à l'écart, inaccessible, un lierre qui ne se fera jamais maçon. La musique: il y a Bach et Beethoven, Lizst et Ravel, d'autres, on peut allonger la liste, mais pas trop. Avec eux on ne parle pas de talents, on parle de talent quand il n'y en a pas. L'artiste, le vrai, fait peur, il est l'effroi, le refus, l'exil et la marge. Moi, je suis un bas-fond inapproché. J'écris ma révolte avec des méthodes de couturière. J'écris mes songes, pour moi, rien que pour moi. Si on les lit c'est pour commencer et renforcer la décomposition. Ciao Bella. Léo |
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