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Comte de Fersen

     
   

Une lettre de la Duchesse de Polignac

    Je vous salue bien bas, cher comte de Fersen,

Je suis une femme qui vous admire beaucoup d'avoir toujours veillé à la protection de la digne Reine Marie-Antoinette quand vous étiez dans la garde royale. J'aimerais cependant que vous m'expliquiez quelle fut la faille dans l'organisation de la fuite de Varennes, dont vous étiez le principal instigateur, si je ne me trompe? Qu'est-ce qui a mal tourné lors de cette fuite, et quelle était la suite de ce plan, qui me semblait très bon même s'il a malheureusement échoué? J'en sais un peu mais pas assez pour tout comprendre, aussi, je vous saurais gré de me donner de plus amples informations, la bien-aimée Reine Marie-Antoinette étant jadis ma meilleure amie dont je n'ai plus de nouvelles depuis son infâme arrestation par ces maudits révolutionnaires sanguinaires...

Martine Gabrielle Yolande de Polastron

Duchesse de Polignac

P.S. Le prénom nathalie397 qui apparaît dans mon adresse Internet (dont l'existence m'a été révélée par ma bonne Reine Marie-Antoinette lorsqu'elle avait commencé à correspondre par le biais de Dialogus) est bien sûr mon nom de code secret, mais vous-même pouvez m'appeler Mme de Polignac, je vous y autorise...



Très chère Dame de Polignac,

Que d'eau a coulé sous les ponts depuis la belle époque où nous vivions près de notre Reine dans les jardins de Trianon... Il est bien vrai que j'ai été le principal instigateur de la fuite à Varenne. Cette partie de mon passé me hante encore très souvent la nuit. Nous avions pris déjà du retard lors de la sortie de Paris, au moins une heure sur le plan prévu: La Reine n'a pas pu quitter ses appartements à l'heure prévue, La Fayette est passé dans les corridors pour une inspection surprise (des rumeurs prévoyaient notre fuite) et enfin la Berline n'était pas à l'endroit prévu. Au premier relais, à Bondy, le Roi exigea que je quitte le convoi. Nous devions nous rejoindre à Montmédy. C'est lors de mon arrivée à Arlon que j'appris leur arrestation et les raisons de celle-ci: les quarante Hussards qui devaient les escorter en Belgique, avaient cru que le projet était annulé, à cause du retard que la berline avait pris au départ et par la suite, à cause de son poids. Ils avaient donc quitté et le Roi s'était retrouvé seul et sans renfort à son arrivée à Pont-de-Somme-Vesle. Et c'est pour cela que le Roi est arrivé seul à Varenne.

Si la fuite avait réussi, le Roi aurait dû rejoindre M. de Bouillé et son armé postés à la frontière des Pays-Bas. Il aurait pris là la tête de cette armée avec ses frères, la noblesse et sûrement de l'aide extérieure, et il se serait battu pour sa couronne.

Il y aurait bien des choses que j'aurais voulu changer et améliorer, mais on ne peut changer le passé, on peut seulement pleurer les gens qu'on a aimés.

Mes hommages

Axel de Fersen



Cher comte de Fersen,

Je suis ravie des renseignements que vous m'avez donnés concernant la fuite ratée vers Varennes, à laquelle vous avez activement participé. J'aimerais pourtant vous demander ceci:

Quand vous dites que le Roi était SEUL dans sa berline lors de la Fuite à Varennes, vous voulez sûrement dire qu'il y a eu DEUX fuites vers Varennes? Car dans la fuite de Varennes que je connais, le Roi n'était pas seul; la Reine et leurs trois enfants l'accompagnaient et même la soeur du Roi, si je ne me trompe pas!... Je ne dis pas cela pour votre déplaisir, cher comte Fersen qui fus l'amour de ma tendre Marie-Antoinette, mais c'est un fait historique, alors il y a dû avoir DEUX tentatives de fuite de la part du Roi... Alors quelle est celle qui précéda l'autre? Je ne vous demande cela que par souci de clarté et de véracité historique...

Pour ce qui est de la fuite que vous me racontez, j'aimerais que vous me révéliez pourquoi l'empereur d'Autriche de l'époque (Joseph II le frère de notre bien-aimée Reine, si mes souvenirs sont exacts...) n'a pas voulu secourir sa propre soeur, avec qui il a été élevé si tendrement par leur mère la grande Marie-Thérèse?... Est-ce vrai que c'est parce que Joseph II croyait que sa soeur ne l'avait jamais porté dans son coeur et qu'ainsi il pouvait enfin la punir? Ce serait atroce, non? Laisse-t-on sa propre soeur être ainsi décapitée simplement parce qu'on a l'IMPRESSION qu'elle ne nous aime pas?

Bon, cher comte Fersen, je dois vous quitter à l'instant car même là où je suis, où il n'y a plus de peur ni de froid, tout cela me fait peur et me donne des sueurs froides...

Mes révérences les plus respectueuses,

Martine Gabrielle Yolande de Polastron

Duchesse de Polignac



Chère Duchesse,

Je suis fort surpris de votre incompréhension de ces situations familiales. L'Impératrice a eu de nombreux enfants et ils ont été élevés dans un monde politique dès leur plus jeune âge. Certains ont été élevés plus proches de certains que d'autres et c'est cela qui a tissé des liens que d'autres n'ont pas eus. De plus, Joseph II a été élevé dans le but d'être Empereur et il était plus proche de sa mère et donc au courant de tous ses rapports avec Marie-Antoinette. Léopold était, lui, ambitieux et ne rêvait que de gloire et de servir ses intérêts.

Je suis bien d'accord avec vous que le jeu n'est pas mauvais en soi, mais je crois que l'ancienne Impératrice, avec son expérience, savait voir loin.

Mes respects,

Axel de Fersen