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Comte de Fersen

     
   

Savait-elle que vous l'aimiez?

    Très cher comte,

Je suis ravie de vous revoir. J'ai une petite question à vous poser. La reine savait-elle que vous étiez amoureux d'elle? Si oui, comment a-t-elle réagi?

Amicalement, Flore



Très chère Flore,

Comment pourrais-je vous expliquer! Croyez-vous au coup de foudre? Dès que nos yeux se sont croisés, il n'y avait plus de choses à expliquer. Nous n’avions tout simplement que le goût de nous voir et d'être près l'un de l'autre. Bien entendu, nos statuts respectifs nous l'empêchaient, mais lorsque nous étions en présence l'un de l'autre, nous n'avions d’yeux que pour l'autre. Ça se sent ces choses-là, il n'y a pas assez de poésie au monde pour l'exprimer.

Mes respects

Axel de Fersen



Cher comte,

Oui, je crois au coup de foudre. Cela existe puisque vous l'avez eu vous-même. Est-il vrai que vous prétendiez à la main de mademoiselle Necker? Si oui, comment, d'après vous, aurait été votre relation avec elle? Depuis la mort de la reine, il paraît que vous êtes, d'après les historiens, devenu un effroyable homme de pouvoir, à force de haïr le peuple français parce qu'il vous avait enlevé la femme que vous aimiez?

PS: Je sais que c'est faux mais je voudrais que vous le confirmiez s'il vous plaît. On sent quand on vous parle que vous êtes un homme intègre et, ce qui est rare, un vrai gentilhomme.

Pour vous, la noblesse, c'est quoi? Cela vient-il plutôt du coeur ou du nom? Moi, je pense que cela vient du coeur.

Pour moi, les hommes comme les frères du roi sont des gueux et les hommes comme Toulan sont des nobles.

Ce devrait être les hommes les plus humains qui auraient dû être anoblis. Voyez la prétention qu'a donnée la noblesse à certains hommes. Leur nom les mettait au-dessus des lois. Franchement, ne trouvez-vous pas cela injuste?

Si les frères du roi étaient sur Dialogus, je me ferais un plaisir de leur dire ce que je pense vraiment d'eux.

Amicalement, Flore

A bientôt, Monsieur le comte



Chère Flore,

Il est vrai que j'ai déjà prétendu à la main de mademoiselle Necker ou je pourrais plutôt dire que mon père y prétendait pour moi. Il a fait plusieurs projets de mariage pour mon compte jusqu'à mon retour des Amériques... Jusqu'à ce que je décide fermement que je ne me marierais jamais car la femme que je voulais épouser était déjà mariée. Je crois, par contre, que si j'avais épousé une de ces femmes, nos relations auraient été très brèves car je n'ai jamais été un homme qui revenait chez lui chaque soir.

C'est vrai que depuis plusieurs années, j'ai la réputation de rester chez moi, dans mes nombreux domaines, entouré de ma famille, mais c'est plutôt l'agoraphobie dont je suis victime qui en est la cause. Le monstre que les gens dépeignent n'existe pas. C'est le fruit de leur imagination ou plutôt c'est ce qu'ils aimeraient que je sois. Ce sont des ragots comme ceux qui ont été contés sur la Reine, lors de la Révolution. Ce sont des choses inventées pour amener les gens à haïr une personne. Les idées révolutionnaires gagnent la Suède et comme le nouveau Roi est populaire, on s'attaque à la vieille aristocratie dont la famille est impopulaire. Cette dernière n'est pas en faveur du choix du nouveau Roi mais était favorite de l'ancien.

La vie amène les gens à faire des choses très surprenantes quelquefois. J'ai toujours été un homme d'action, qui aimais les gens, les foules, les bals, la vie mondaine... Maintenant, après tout ce qui s'est passé, je n'ose sortir de chez moi. Je recherche une compagnie restreinte et je ne me rends que très rarement à la Cour pour remplir mes fonctions.

Mais bref, changeons de sujet... J'ai bien aimé lire votre dissertation sur la noblesse de coeur et de naissance. Pour moi, la noblesse est un privilège qui n'a pas seulement des avantages, mais qui soumet surtout à de nombreuses obligations. C'est surtout sur ce deuxième point que l'on peut différencier ceux qui ont vraiment un coeur noble des autres. Il est très facile de l'oublier lorsque l'on est né avec un titre et dans l'opulence.

Au plaisir de vous lire

Axel de Fersen