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Mon cher comte de Fersen,
J'aimerais d'abord vous dire que je vous admire d'avoir, à de si nombreuses
reprises, sacrifié vos sentiments pour la protection de la reine Marie-Antoinette.
La vie fut loin d'être simple pour vous.
Mais venons en, si vous le permettez, à la raison de ma lettre (bien que mon
affection et mon respect envers votre personne suffiraient amplement à la
justifier). J'aimerais savoir quelles furent exactement vos rapports avec N. Bonaparte
lors de votre retour en France comme ambassadeur.
Certains disent (mais je me méfie des rumeurs) qu'il aurait été
odieux avec vous, ce qui, je dois le dire me surprendrait. Je sais cependant qu'il
savait avoir le verbe cinglant. Je souhaiterais donc pouvoir différencier
le mythe de la réalité.
Erika de Chambertin.
Chère Erika,
Je vous remercie pour vos beaux compliments. Je peux par contre vous dire que mes relations avec Napoléon ont plutôt été brèves. Il ne s'agit que d'une rencontre qui a duré à peine 20 minutes. Je me suis rendu à Vienne comme Ambassadeur de la Suède et je devais rencontrer Napoléon avant le congrès pour essayer de faire des liens avec la France (la France était très froide avec la Suède car celle-ci appuyait la monarchie). Napoléon n'a pas été assez diplomate pour traiter seulement la cause mais plutôt il s'est arrêté au porteur. Il avait une dent contre moi et il me l'a fait savoir et notre entretien s'est arrêté là car j'ai quitté les lieux. Ça m'a pris tout mon sang-froid pour sortir de la pièce avec toute la dignité d'un homme de ma condition. Quant aux détails de cette conversation, je suis trop gentilhomme pour les répéter.
Mes hommages
Axel de Fersen
Cher comte,
Je vous remercie d'avoir répondu si gentiment à ma lettre
et m'excuse d'avoir attendu si longtemps pour faire de même.
J'ai une question quelque peu indiscrète mais qui me hante quelque
peu. J'aimerais savoir si une femme autre que la reine a su prendre
quelque place dans votre coeur. Pardonnez mon audace de vous poser cette
question que la raison voudrait que je taise, mais je souhaite réellement,
à moins que cela ne vous dérange, le savoir.
Affectueusement
Erika de Chambertin
Chère Erika,
Je vous avoue que je ne suis pas très chaud à vous parler
de ma vie privée. Je vais par contre faire une exception à
mes principes et vous dévoiler l'existence d'une personne qui
fut chère à mon coeur pendant plusieurs années
et qui même me soutint lorsque j'essayai de sauver la Reine. Il
s'agit d'une dame nommée Eléonore Sullivan. Elle fut d'un
grand réconfort pendant ces pénibles années et
même par la suite. J'ai été très chanceux
de pouvoir compter sur une telle amie. Nos chemins se sont séparés
lorsque je suis retourné en Suède et peut-être aussi
parce que je ne désirais pas me marier.
Voyez, Madame, la confiance que je vous porte en vous confiant ceci.
Au plaisir de recevoir de vos nouvelles,
Axel de Fersen
Cher comte,
Vous me voyez touchée et flattée par la confiance que
vous placez en ma personne! J'y attache, je peux vous l'avouer, une
grande importance...
Je m'étais par contre souvent fait de vous une image que je sais
à présent erronée et j'avoue être rassurée
qu'il en soit ainsi! Je dois dire que vous me semblez presque irréel
et Sa Majesté Marie-Antoinette et mademoiselle Eléonore
Sullivan ont eu, elles aussi, de la chance de vous avoir comme ami fidèle...
J'aurais aimé faire partie de ces quelques personnes qui ont
partagé votre vie et vos secrets, non par curiosité, mais
comme vous le savez, par admiration...
Je ne sais comment vous exprimer la joie que j'ai eue à recevoir
de vos nouvelles; aussi plutôt que des mots inutiles, je vous
promets de vous réécrire très bientôt!
Affectueusement,
Erika de Chambertin
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