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Cher Monsieur Farinelli,
C'est pour moi un immense honneur d'écrire au plus grand chanteur de
son époque. Je vous écris concernant votre condition de chanteur
castrat pour savoir si une telle opération (la castration) était
vraiment indispensable quand on sait qu'à mon époque celle-ci est
illégale et pourtant nous avons d'excellents chanteurs. Et comment vos
parents et familles ont pu permettre qu'une pareille mutilation ait pu
être faite sur un enfant de seulement 10 ans. C'est quand même excessif.
Enfin, je ne doute pas qu'au vu de la mortalité enfantine à votre
époque ne pas avoir de progéniture est plutôt une grâce mais enfin.
Amicalement,
G Lison
Cher monsieur Lison,
Vous me faites rougir et bien de l'honneur en me donnant ce titre que
je ne mérite guère et tout l'honneur est pour moi de commencer cette
correspondance avec vous.
Vous me dites que la castration est illégale à votre époque? Depuis
quand l'est-elle? Cela signifie-t-il que vous n'avez plus de castrats?
J'imagine alors que vous devez vous contenter de falsettistes car,
comme on dit dans notre langue, «faute de grives, on mange des merles».
Les falsettistes de mon époque sont loin d'être les excellents
chanteurs dont vous parlez.
Je ne sais trop ce que vous voulez dire en parlant de mes parents. Ce
fut pour eux certainement un grand honneur que de me faire châtrer et
ils n'ont sûrement jamais pensé que ce pût représenter le moindre
scandale, bien au contraire. Mais vous faites là référence à des
événements bien anciens que ma mémoire de vieillard ne retrouve qu'avec
peine. Toutefois, j'aurais volontiers eu une descendance. À défaut
d'icelle, je vis aujourd'hui avec ma soeur et ses enfants. J'apprécie
tout particulièrement son petit dernier malgré son caractère difficile.
Il est pour moi comme un fils.
Votre très obligé et vrai serviteur,
Carlo Broschi Farinello
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