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écrit à

   


Fafnir

     
   

Ton histoire, qui es-tu?

    Dragon Fafnir,

Comme je ne sais pas comment t'appeler, je t'interpelle parce que je suis sûre que tu es. (dessin+lettre). Pour l'instant, tu n'as que deux lettres sur Dialogus, et je ne vois pas très bien qui tu es, ni quelle est ton histoire. Pourrais-tu y remédier en me racontant qui tu es et ce que tu as fait?

Je te serais reconnaissante.

Caresses sur tes écailles qui doivent sûrement resplendir au soleil,

Gaïa. (Humaine).



Salut à toi Gaïa,

Comme c'est ce que tu désires, je vais te raconter une partie de mon histoire, alors installe-toi confortablement et écoute-moi attentivement car je ne me répéterai pas... Je n'ai pas toujours été dragon, en effet à l'origine nous étions trois frères humains, Oter, Regin et moi-même, sous la tutelle de notre père, Hreidmar le magicien. Mais seulement un jour est arrivé où la bêtise des dieux prit la vie de mon frère Oter, comme elle avait déjà ôté à maintes reprises la vie de malheureux innocents. Notre père étant magicien nous avait initié à son art, entre autres il nous avait appris à nous transformer en animaux. Il arrivait à Oter de revêtir l'aspect d'une loutre pour flâner dans le ruisseau, mais vint le jour ou le dieu Loki accompagnés de Odin et Hoenir descendirent sur Midgard, pour je ne sais quel spécieux motif, et tua mon frère paisiblement endormi qu'il disait avoir pris pour une loutre ordinaire... seulement, quand le soir vint, les trois dieux se présentèrent à mon père lui proposant de partager leur nourriture moyennent un toit pour dormir. Quand mon père découvrit avec horreur que la loutre était en fait Oter, il lança un sort à l'encontre des trois dieux pour les affaiblir alors qu'ils n'étaient pas sur leur garde. Puis tous trois ensembles, nous leur liâmes pieds et poings...

Pendant les jours qui suivirent, ils clamèrent leur innocence, si bien qu'ils devinrent rapidement insupportables, ne pouvant les tuer parce qu'ils étaient des dieux, mon père fixa, dès lors, un prix à la mort d'Oter, mon frère regretté. Pour regagner leur liberté, les dieux devraient trouver assez d'or pour recouvrir l'endroit et l'envers de la peau de loutre de mon frère. Cependant, cette dernière étant magique, elle pouvait s'agrandir beaucoup plus que la normale, si bien qu'aucune somme raisonnable n'eût pu faire l'affaire.

Loki, dieu du feu, fut désigné pour aller quérir l'or, laissant Odin et Hoenir en otage entre nos mains, il lui fut aussi retiré ses chaussures-ciel afin qu'il ne puisse retourner dans Asgard et abandonner ainsi ses compagnons. Loki partit alors en quête d'une immense quantité d'or afin de satisfaire mon père... Ce dernier, mon frère et moi restâmes pour surveiller les deux dieux restants et, à son retour, Loki nous rapporta la façon dont il avait fait l'acquisition du trésor: quelque temps après être parti de notre ferme, il avait capturé un brochet, qui se trouvait être en fait Andvari (il usait du même charme qu'Oter pour prendre l'apparence d'un brochet) l'être vivant le plus riche, dans ce monde. Le nain Andvari plia sous les menaces de Loki et lui abandonna son gigantesque trésor qui comprenait un magnifique anneau d'or, dont le dieu du feu s'empara. Mais Andvari, le nain, aveuglé par la colère jeta un terrible sort à l'anneau, qui désormais causerait la perte de quiconque le porterait. Loki s'empara du trésor et passa la bague à son doigt.

De retour à notre ferme, toute la surface de la peau d'Oter fut recouverte d'or aussi bien à l'envers qu'à l'endroit, cependant seule une moustache restait découverte et Loki fut contraint de ce séparer de son anneau afin de la recouvrir. Et juste avant de partir, il nous mit en garde contre la malédiction de l'anneau, mon père ignorant ces mises en garde le passa malgré tout à son doigt et en effet quelques semaines plus tard Regin et moi-même assassinions notre père, Hreidmar le magicien. Après quoi, je pris possession du trésor et me changeai en dragon afin de mieux pouvoir le garder des envieux...

Maintenant, Fafnir l'homme, faible et détestable, est mort, ne demeure plus que le dragon, protecteur de son trésor mais aussi de la forêt et de ses habitants, compagnon (voire ami) de certains elfes, nains, sorciers, magiciens et dragons. Et bien entendu redouté de tous. De mon funeste passé je ne garde que mon nom, Fafnir, et le souvenir d'une famille heureuse avant que des dieux, maudits soient-ils, ne la détruisent...

Voilà une partie de mon histoire, jeune Gaïa, tu en seras satisfaite, j'en suis persuadé! Bien sûr, après cette partie j'ai continué à vivre et mon histoire continue ou, devrais-je dire, l'histoire de Fafnir le dragon commence...

Garde-toi des âmes corrompues et des dieux pour ne rien regretter,

Et la prochaine fois que tu veux caresser mes écailles pense à prendre du sable chaud pour le frotter sur mon cuir (c'est très agréable),

Fafnir, dragon des Landes


Cher Fafnir,

Merci pour ta lettre. Ton histoire est vraiment intéressante, et assez hors du commun!

Cependant, comme je suis une curieuse inassouvie de savoir, j'ai d'autres questions à te poser: Tout d'abord, de quelle manière voles-tu? Plutôt comme les cygnes, ou comme les aigles? Ou encore comme un flamant? Et de quelle couleur es-tu? Que manges-tu? Connais-tu d'autres dragons?

Encore mille mercis, et je te fais mille caresses virtuelles avec du sable chaud sur tes écailles, comme tu me l'as conseillé.

Gaïa.


Chère Gaïa,

En premier lieu, je tiens à m'excuser pour le retard avec lequel tu reçois cette lettre, j'avais nombre d'affaires qui ne pouvaient attendre. Sur ce, je réponds à tes questions.

Les dragons peuplent les airs depuis bien plus longtemps que n'importe quelle autre espèce. Je te répondrai donc simplement que je ne vole ni comme un aigle, ni comme un cygne, non plus comme un flamant, mais comme un dragon... Le vol des dragons est une synthèse parfaite de rapidité, de férocité, de grâce, d'assurance et d'agilité. Il m'est très difficile de te dire comment vole un dragon, car on ne peut l'expliquer; il faut le contempler, ou mieux, le ressentir.

Je vais tenter de te décrire en quelques mots, un de mes vols. Quand je suis dans les cieux, plus rien n'existe, sinon un sentiment de profonde plénitude. Les yeux fermés, je sais que je ne risque rien, car ma race a acquis la maîtrise des cieux depuis bien longtemps. Aucun pauvre fou n'oserait s'attaquer à moi, et quand bien même il le ferait, je ne serais pas en danger. Je plane ainsi sur les courants chauds qui me portent toujours plus haut. En un instant, j'ouvre mes yeux, les nuages sous moi semblent s'étendre à l'infini et au bout de cette masse blanche, teintée de reflets rouges, orange, roses et violets, commence à disparaître l'astre solaire. Cette boule flamboyante, en phase de disparaître le temps d'une nuit, donne aux nuages ces teintes si particulières. À chaque fois, j'ai du mal à croire qu'elles ne sont pas issues de la magie. Je savoure encore un instant ce calme, cette vue, cet instant si parfait.

Et je plonge vers cet océan aux couleurs improbables. Arrivé à son niveau, c'est en rasant sa surface que des gerbes blanches et brumeuses se dégagent de part et d'autre de mes flancs, creusant ainsi une tranchée dans la linéarité si parfaite de cette étendue. Volant toujours plus vite vers l'astre qui disparaît peu à peu, un gouffre apparaît soudainement dans l'océan nuageux. Je peux maintenant voir les villages, les humains, leurs troupeaux et dans une forêt un peu plus lointaine des jeunes elfes et dryades qui se chamaillent… Ce monde est mien! En un instant, je plaque mes ailes le long de mon corps et tombe en chute libre vers lui. Ma vitesse croît sans cesse, tant et si bien que je dois user d'un sortilège pour me protéger les yeux et ainsi les garder grands ouverts.

Sous moi, un village se rapproche de plus en plus; les premiers villageois m'ont aperçu et commencent à s'affoler. Bientôt, tout le village est gagné par la panique. Cependant, un vieil homme reste assis et me contemple, ses yeux ne reflètent nullement la peur. Au contraire, il me désigne du doigt, et des dizaines d'enfants qui étaient jusqu'alors tournés vers lui me font face et m'observent avec le même regard, mais empreint de beaucoup plus de curiosité. Leurs yeux brillent comme des étoiles et bientôt tous les enfants qui n'ont pas été emmenés à l'abri par leurs parents sont tournés vers moi, si bien que je ne sais plus si je vole vers le ciel étoilé ou la terre. Dans un éclair de lucidité, je redéploie mes ailes dans un claquement assourdissant. Heureusement, mes ailes, comme celles de tous les dragons, sont puissantes et supportent la violence du choc. Passant au ras des toits, le souffle que je déplace emporte tuile et toit de chaume sur mon passage. Des hurlements d'horreur et d'intimidation des villageois, des cris de joie infantiles s'élèvent. Je m'éloigne rapidement et ces cris ne résonnent bientôt plus que dans mon esprit…

Voilà comment je vole…

Maintenant, pour ce qui est de ma couleur, eh bien, il m'arrive de la changer par la magie pour me camoufler ou me faire remarquer, mais ma couleur originale est le doré.

Je mange tout ce qui ce qui est fait de chair et de sang de préférence. Il m'arrive cependant de manger ce que m'offre la mer. J'ai déjà mangé des baies et d'autres fruits (une fois de temps en temps ça passe, mais plus souvent, je le supporterais mal, je pense.

Et pour finir, bien sûr, je connais d'autres dragons. Que cela soit dans ce monde ou dans d'autres même. Je ne suis pas, bien heureusement pour moi, le dernier de ma race.

J'espère que mes réponses t'auront satisfaite ma chère Gaïa.
N'hésite pas à poser d'autres questions.

À très bientôt,

Fafnir, Dragon des Landes


Je te remercie, noble dragon magnifique!

Ton écrit est plaisant, tu racontes si bien! Ma soif de curiosité est pour l'instant apaisée, mais ma faim de tendresse ne le sera jamais. Ainsi, je t'embrasse sur tes yeux qui peuvent résister aux vents et qui ont vu tant de choses.

Gaïa